The Cut de Fatih Akin

Un road movie sur fond de génocide

Anatolie, 1915. Dans le tumulte de la Première Guerre mondiale, la Turquie met en place le premier génocide du XXe siècle, massacrant 1,5 million d’Arméniens. Rares sont les films traitant de ce sujet : les Arméniens cherchent encore leur film référence, « leur Liste de Schneider ». Le français d’origine arménienne Henri Verneuil n’avait pas réussi il y a une vingtaine d’années avec Mayrig qui se perdait dans des successions d’histoires décousues, l’allemand d’origine turque Fatih Akin échoue également avec The Cut. Le scénario souffre de longueur et d’un manque de recherches historiques, qui font tomber le film dans une fresque mélodramatique sans subtilité.

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Le sujet du génocide arménien est traité du point de vue d’un artisan ferronnier pendant la Première Guerre mondiale, à l’époque où l’alliance des Allemands avec l’Empire ottoman a transformé du jour au lendemain certaines minorités en ennemis. Le film se passe en deux parties : la déportation de Nazaret Manoogian et l’horreur de la barbarie turque à laquelle il fait face, qui laissent place dans un second temps au road movie du personnage central qui tente de retrouver ses deux filles.

Nazaret est dans tous les plans du film, il était donc important de trouver un acteur solide pour jouer son rôle. Le cinéaste Fatih Akin affirmait à sa master class au Forum des images avoir choisi Tahar Rahim en visionnant Un Prophète de Jacques Audiard: « À mon avis, c’est l’un des meilleurs films européens de la dernière décennie. Tahar Rahim est présent dans toutes les scènes et c’est lui qui porte le film ». Dans The Cut, le rôle de Tahar Rahim est d’autant plus important que le personnage est rendu muet par ses bourreaux turcs : toutes ses émotions doivent donc se jouer dans son regard, dans ses expressions. « Je voulais qu’il incarne le mutisme, le tabou de l’évocation du génocide arménien pour les Turcs. Je voulais aussi montrer la violence qu’on exerce sur les êtres pour les faire taire », explique le réalisateur. Or, la bouille de Tahar Rahim apparaît trop juvénile du début à la fin – il se passe une quarantaine d’années entre le premier et le dernier plan de The Cut… et nulle trace sur son visage, que ce soit de vieillissement, ou même de douleur après toutes les épreuves traversées ! Le problème vient également du fait que son personnage ressemble plus à un témoin, pas vraiment passif, puisque c’est sa quête qui met en mouvement tout le film, mais davantage réactif qu’actif. De plus, son mutisme oblige ses interlocuteurs à verbaliser plus que de normal, perdant le spectateur dans des longueurs – le film dure 2h18.
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Le seconde partie du film, qui commence lorsque le rescapé des camps apprend que ses deux filles ont survécu et qu’il part à leur recherche, est trop étendue. Nazaret entreprend un véritable tour du monde, en s’arrêtant dans des pays improbables où bien peu d’Arméniens ont fui après le génocide. C’est le cas notamment d’un passage plein de cliché par Cuba. Ce road movie, déconstruit, relève plus de la succession de tableaux que d’une véritable cohérence dans la trame narrative.

Tout n’est cependant pas à jeter dans ce film : la lumière qui traverse The Cut est magnifique, proche de ce qu’on peut trouver chez Terrence Malik. Cela offre des scènes mémorables, telle celle de la reconstitution très picturale du camp de la mort de Ras-ul-Aïn ou encore celle dans laquelle Nazareth, émerveillé, découvre le cinéma au travers du Kid de Chaplin. Ce film, à l’aube des commémorations du centenaire du génocide arménien toujours nié par les autorités turques, était d’autant plus nécessaire qu’il est réalisé par un artiste d’origine turque. Fatih Akin, mainte fois récompensé (Ours d’or au Festival de Berlin en 2004 avec Head-On, Prix du scénario au Festival de Cannes en 2007 avecDe l’autre côté, Grand prix du jury à la Mostra de Venise en 2009 avec Soul Kitchen), a reçu de nombreuses menaces de mort pour l’avoir diffuser dans certaines salles turques, alors que l’on pourra regretter de notre point de vue français qu’il soit peut-être trop timoré, n’employant jamais tout au long du film le mot « génocide ».

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The Cut de Fatih Akin
Avec Tahar Rahim, Simon Abkarian, Makram Khoury, Hindi Zahra, Kevirk Malikyan, …
Genre : Road movie historique
Durée : 2h18

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