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Pour son nouveau film Nabil Ayouch se plonge dans le quotidien de 3 prostituées marocaines. Selon ses mots il a voulu un film naturaliste mais pas misérabiliste. Pari délicat qui veut d’un côté montrer des femmes indépendantes, de l’autre, contraintes.

 

Il ne dit rien donc des circonstances qui les ont amenées à se prostituer. Rien de ce qui les tient ou les retient. Et c’est, à l’en croire, pour cette raison que le film s’est vu frappé d’une interdiction complète au Maroc.

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Mais où se situe l’indépendance quand on parle de prostitution ? Le mot lui-même n’est-il pas synonyme de soumission ? Si l’on est choqué, c’est précisément parce que les filles sont asservies, réduites par l’argent et soumises aux fantasmes des hommes. A ce titre, le plus laid est de les voir ramper pour récupérer des billets que font pleuvoir sur elles des saoudiens, les fourrer dans leur corsage et leur jupe, onduler leur corps et tirer la langue, comme si c’est l’argent en lui-même qui les excitait.  Fantasme pathétique d’hommes qui projettent toute leur virilité dans leur pognon.

 

Dans une interview pour 3 Couleurs, le mag de MK2, Ayouch dit « dans le cinéma marocain, les femmes sont rarement présentées comme des personnes qui prennent en main leur destin. Or là ce sont des combattantes, des guerrières, elles ont pris le pouvoir. Mais la seule chose choquante dans le film, c’est leur condition. » Voilà mis bout à bout, l’indépendance, elles ont pris en main leur destin, et la condition, c’est-à-dire ce sur quoi elles n’ont aucune prise. Enchevêtrement de notions contraires. Ont-elles le pouvoir ou sont-elles victimes de leur condition ?

Il est impossible, indécent même, d’évoquer la prostitution et ignorer tout ce qui y conduit, et tout ce qui y oblige. La condition, pour reprendre ses termes, c’est l’essentiel, c’est ça qui est choquant, et en conséquence, c’est ce qui doit être dit. Mais, le refus du misérabilisme qu’il revendique le conduit à ne pas trop appuyer sur celle-ci. Il en fait quasiment l’impasse. C’est, entre autre, pour ça qu’il a choisi de montrer la prostitution de luxe plutôt que le trottoir.

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Il ne tait pas la violence, non plus le rejet, mais esquisse trop certains aspects qui auraient peut-être valu de plus ressortir. L’une des filles, Noah, a un enfant qu’elle ne peut pas voir et dont sa mère à la garde. Il y avait peut-être plus à faire que 2 courtes scènes qui montrent, subrepticement, la prostituée, revêtir un foulard, et se confronter au rejet de sa mère. Est-ce que ça aurait été verser dans le misérabilisme, je ne sais pas, mais dire « la condition » des prostituées c’est mettre en parallèle du racolage et de la débauche – que Ayouch a choisi de montrer – l’exclusion, le mépris et l’abandon – qu’il a donc choisi de ne pas trop montrer.

 

On voit la surface – avec une foule de détails que le réalisateur a glanés en s’entretenant avec plus d’une centaine de filles – mais pas trop l’arrière-plan malheureusement.

 

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