Les Suffragettes

Avant-hier est sorti sur les écrans, Les Suffragettes, film de Sarah Gavron sur un scénario d’Abi Morgan, qui raconte l’histoire d’une femme qui va s’engager avec la Women’s Social and Political Union pour le droit de vote des femmes en Grande-Bretagne. L’action se situe en 1912. Les féministes sont, alors, considérées comme des anarchistes.

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Maud Watts travaille dans une blanchisserie londonienne. Elle est mariée à un des employés et a un enfant – qui, significativement, porte le même nom que le roi d’Angleterre : George. Elle exerce un métier éreintant sous la direction d’un chef de service ignoble, misogyne et vicieux, et bien sûr, a la charge des responsabilités domestiques une fois rentrée chez elle.

Là où le film est très intelligent c’est qu’il montre que Maud Watts ne fait pas le choix de devenir suffragette mais qu’elle est y inexorablement amenée. Son engagement n’est que le reflet de sa condition sociale comme de son sexe. Quand elle évite la compagnie d’une de ses collègues qui veut l’enjoindre à rejoindre le parti des suffragettes, c’est elle-même qu’elle évite ; elle fuit comme elle fuirait son reflet dans un miroir.

Elle ne fait pas plus le choix de son adhésion à la WSUP qu’elle ne fait le choix d’être une femme et d’être issue du prolétariat. Elle est politisée par son corps avant de l’être par les idées, et ne fait que prendre conscience qu’elle vit dans un monde d’hommes, et qu’il est anormal que son patron puisse disposer d’elle comme des autres employées.

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Au début du film, à la suite d’un concours de circonstances, elle porte un témoignage devant le Parlement britannique : elle rend compte de sa vie, de son travail, des conditions dans lesquelles elle l’exerce et les circonstances, tristement prédéterminées, qui l’y ont menée. Quand elle pense ne faire qu’un simple témoignage, elle prend parti, dénonce. Dire ce qu’elle est c’est dire ce qu’elle subit, ce qu’elle endure, ce que la société lui fait subir et endurer. Le reste, pas à pas, la mène vers un engagement complet et conscient. Si elle est pourchassée, c’est parce qu’elle refuse d’être avilie ; en demandant le droit de vote, elle demande bien plus qu’être représentée, ou choisir qui pourra la représenter, mais simplement le droit d’avoir des droits.

Le film est brillamment écrit et mis en scène, et rappelle qu’il y a certains engagements politiques qu’on ne décide pas, mais qu’on endosse par la force des choses. L’affirmation de soi c’est d’abord une prise de conscience.

L’histoire proprement dite, quant à elle, celle d’une femme peu à peu détruite et reconstruite, est aussi belle que riche humainement. Le combat des idées se mêle d’un combat pour un enfant, qui prend une tournure folle et absurde et qui témoigne aussi, à sa manière, de la violence qui est faite aux femmes. Le personnage du mari, brave gars, mais dépositaire malgré lui de la violence de son temps est parfaitement écrit. Les acteurs, Carey Mulligan en tête, sont excellents.

 

Un film beau et intelligent qu’il serait dommage de laisser passer.

 

 

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