La Loi du Marché

 

La Loi du Marché pose une situation : un vigile dans un supermarché. A aucun moment Stéphane Brizé ne vient y apporter un développement.  Le vigile, c’est le point de départ de l’histoire mais aussi son terme. On peut penser que c’est une tradition cinématographique, celle de l’hyper réel, mais à vrai dire, il y a une nécessité plus impérieuse à ce traitement. Le naturalisme des frères Dardenne n’exclut pas une progression l’histoire. Leur dernier film, 2 jours une nuit,  sur la thématique du licenciement reposait sur un procédé très cinématographique. Recueillir des voix, aller de maison en maison, avec en arrière-plan la question de savoir si le personnage joué par Marion Cotillard allait garder son emploi. Pas d’une telle dynamique dans La Loi du Marché.

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C’est que Stéphane Brizé entend pétrifier son personnage. Le vigile joué par Lindon a une incapacité totale de décider quoique ce soit. Il n’est qu’un instrument. De fait Brizé peut bien clamer que c’est un film qui pose la question de savoir si on est prêt à tout pour garder son emploi, c’est parfaitement faux, et c’est même le contraire : c’est un film qui veut montrer l’impuissance d’un homme. Impuissance à protester, impuissance à se révolter. Il ne se demande pas si c’est bien ou mal de dénoncer ses collègues, il le fait, et, doit-on ajouter, avec zèle. Il n’a pas le choix pourrait-me répondre ; je crois que si il l’a, mais la question n’est pas là. Ca n’est pas un film sur un dilemme moral c’est un film sur l’incapacité d’aller contre une certaine assignation sociale. C’est donc principalement pour cette raison que le film ne peut et ne doit présenter aucun développement ; l’idée est de figer le personnage, de le paralyser. Le vigile pourrait refuser l’odieuse délation que lui demande son patron : mais Brizé, qui se pense libre, s’interdit de juger des gens qu’il croit ne pas l’être.  Il y a ceux qui dictent la loi du marché et ceux qui la subissent et, entre les 2, aucune interstice.

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En définitive la question est de savoir si on préfère voir un film qui présente un destin individuel, avec le risque que le particulier ne dit pas le général, que sortir un homme du prédéterminisme qui régit son existence empêche de dénoncer les inégalités sociales comme la violence du capitalisme, qu’un parcours exceptionnel ne soit pas représentatif d’un destin collectif ou de ne montrer que des hommes qui, pour représenter ce destin collectif, de classe, sont dépourvus de personnalités, d’individualités, et ne sont, en somme, que des symptômes. Brizé a choisi de vider son personnage de personnalité pour que, personne, il soit tout le monde.

La question n’est pas neuve. C’est à ces 2 pôles que s’opposent la tradition marxiste et la tradition humaniste.

La loi du Marché

Réalisation : Stéphane Brizé

Scénario : Stéphane Brizé et Olivier Gorce

Interprétation : Vincent Lindon

Distribution : Diaphana Distribution

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