Dheepan

Dheepan suit le parcours de 3 tamouls qui fuient la guerre au Sri Lanka et se retrouvent en France. C’est en 1er lieu un film sur une situation humanitaire qu’on nous donne à voir ; sur le sort des milliers de réfugiés qui affluent en Europe. Du moins croit-on.

Dheepan vend des stupides babioles électroniques dans la rue, fuit la police, est promené par les services sociaux et se voit attribuer, in fine, le gardiennage d’un groupe d’immeubles dans une cité ultra chaude. On compatit. Pour son humiliation, pour son abnégation. Au reste, tout autant pour sa fausse-femme et sa fausse-fille qui ont pris part au voyage avec lui sous une identité d’emprunt. En vrai, ces trois-là sont les survivants de familles décimées et ne se connaissent pas avant d’entreprendre le voyage qui va les mener en France.

 

Et puis Jacques Audiard emmène le film ailleurs.

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Il y a une controverse qui porte sur le dénouement du film. D’un genre qu’on croyait être la peinture sociale ( ni la satire ni le drame, faut-il préciser ) on bascule dans la pure fiction. Tout d’un coup Audiard ne dit plus une réalité, celle des réfugiés ou celle des cités, mais raconte une histoire. Si on reste fermement rivé à l’idée qu’il s’agit d’un film social on aura du mal à encaisser le revirement narratif. C’est faux, va-t-on être tenté de dire. Oui, ça l’est si on croit que Jacques Audiard veut nous montrer le destin ordinaire d’un réfugié sur le sol français. Non, ça ne l’est pas, ou du moins pas plus que n’importe quel autre film, si on accepte que c’est une fiction de cinéma. C’est à tel point qu’on peut lire dans les inrocks un article qui nous explique un peu naïvement que la cité de La Coudraie dans les Yvelines dans laquelle a été tourné le film n’a rien à voir avec la violence qui y est dépeinte. Voilà Audiard accusé de trahir le réel. On voit toute la distance qui sépare l’approche documentaire de l’approche fictionnel.

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On aurait tort de croire que c’est la violence qui est mise en cause ou la glorification de l’esprit de revanche. Pas du tout. C’est bien le passage d’un genre à l’autre. Et c’est une question de narration. Au départ Audiard s’emploie à dépeindre une situation ; s’il y a une histoire qui se tisse c’est en filigrane, d’une manière presque invisible ; l’effet de réel vampirise tout. Dheepan range les lettres, passe le balai ; sa femme fait l’aide à domicile pour un vieil homme ; tout ça ne raconte rien mais montre quelque chose. Ce sont des tableaux qui viennent se superposer les uns après les autres. Et puis, soudainement, il y a une rupture dans la trame de l’hyper réel : Dheepan n’est plus un anonyme tamoul dont la misère fait écho à celle de tous les réfugiés, mais un homme, avec une histoire qui lui est propre, des spectres qui le hantent, et un destin qui n’est que le sien. Et c’est finalement ce destin que voulait raconter Audiard. L’étrange héroïsme, noir, violent, germé dans la folie mais avivé par l’amour, d’un paumé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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