Ceci est mon corps

Un curé rencontre une femme pendant une thérapie d’on ne sait trop quoi, de qui il tombe amoureux. Alors qu’il décide de la revoir, il découvre qu’elle vit en communauté avec une autre femme et 2 hommes. Il est initié à la sexualité dans ce lupanar triste.

La narration est entrecoupée de séquences de psychanalyse « transgénérationnelle » de l’auteur ( qui joue aussi le rôle du curé ) et de commentaires de Michel Serres et Michel Onfray sur St Paul.

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Si St Paul est cité c’est qu’on lui prête les textes les plus puritains de la Bible. Onfray voit en lui un cinglé doublé d’un impuissant. Mais qu’on ne s’y trompe pas le film ne fait pas de procès à la religion ; Gabin, le curé, est chétif ; c’est une loque, autant moralement que physiquement ; il n’a aucune emprise ; c’est presque un paria. Il cache aussi longtemps qu’il peut son identité. Il incarne ce à quoi l’Eglise Romaine est réduite. Non, ça n’est pas à la religion que Soubeyrand intente un procès, mais à l’érotisme, cet abcès infect que la chrétienté a laissé à la face de l’humanité dans sa déchéance.

L’érotisme, ce va-et-vient de la pudeur à l’impudeur, a éclos et s’est développé sur les interdits religieux. Le christianisme a inventé l’érotisme, comme l’amour galant, et, en miroir, l’indécence, la transgression, et pour faire simple, le péché. On pourrait s’en accommoder et se réjouir que, si on a laissé St Paul, on a gardé le charme ambivalent de l’érotisme et de la séduction ; Soubeyrand, non. L’érotisme le répugne. Certainement parce qu’il impute à celui-ci d’être la cause première de ce grand mal contemporain qu’est la névrose. Ainsi son curé est si tétanisé par les femmes qu’il doit s’allonger par terre, les pieds en l’air, pour faire passer le choc d’y être confronté. Quelle tyrannie n’exercent-t-elles pas ! Et que le monde irait mieux si on pouvait retrouver la paix d’avant le péché d’Eve.

C’est tout le programme de la petite communauté qui le recueille. Eviter de charmer, de jouer avec les nerfs bien fragiles de chacun, de générer un trouble chez l’autre, une femme doit se présenter dépoitraillée, la chair à disponibilité des mains de l’autre, ou être vêtue ; mais mal surtout, pas d’indécence. L’amour c’est d’abord la rencontre de 2 libidos, accordés au même instant. On regrette la saisonnalité des amours, autrement plus saine. Qu’on s’imagine l’amant, rentrant du boulot, se vautrer sur sa maîtresse comme une tortue des galapagos, faisant disparaître son corps sous la masse du sien, et entreprendre de la besogner tranquillement sans se soucier du regard des autres. Cette « auberge espagnole de l’amour et de la sexualité » pour reprendre les termes du synopsis officiel, est aussi sexy qu’un camps de naturistes. La nudité est systématiquement désérotisée ; on se promène, en pantoufles, à poil sous un peignoir qui baille paresseusement ; pas de risque. Les sous-vêtements, accessoires érotiques s’il en est, grands absents de cette histoire, feront sans doute l’objet d’un prochain réquisitoire de l’auteur.

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Soubeyrand n’y va pas par 4 chemins et parle, en interview, de montrer la sexualité comme jamais au cinéma : « de manière saine ». C’est qu’effectivement le cinéma est chargé d’érotisme, soit, pour lui, de vices et de perversion. On se regarde, on s’aguiche, on se provoque et, pire que tout, ce faisant, on fait mine de rien ; c’est à y perdre la raison ! Hop, je me mets par terre, je respire, auberge de l’amour et des passions saines, viens à mon secours.

Dans ce monde où la sensualité est passée au tamis, Soubeyrand, dans un possible ordonnancement des sens, choisit le couple toucher / odeur ( et goût ) contre ouïe et vue, les 2 sens que l’intellection et le monde moderne ont le plus corrompus. Gabin couche indifféremment du sexe, de l’âge et de la beauté physique. La libido est aveugle et ne demande qu’à être assouvie. Quant à l’ouïe, Marlène, la prêtresse du lieu, explique à Gabin que l’orgasme féminin s’exprime dans un rut sauvage et qu’il ne doit surtout pas attiser la passion de l’homme. Effectivement, une scène après, alors qu’ils font l’amour, on entend Marlène meugler comme un bœuf affolé. Elle a pris son pied. La scène est filmée de manière comique, pour la désérotiser, pour qu’elle soit « saine ». Même dans l’acte d’amour il ne faut surtout pas que des pensées perverses viennent s’immiscer dans la tête des amants.

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Au fond, cet idéal post soixante-huitard, est paradoxalement tout imprégné de la hantise du péché originel. Soubeyrand, à sa manière, se retrouve avec St Paul sur un point : la concupiscence, le fantasme, c’est-à-dire cette projection vers l’autre, clandestine et sensuelle, sont bien des péchés odieux. La différence c’est que là où l’un prône l’abstinence, l’autre prône le retour au paradis terrestre avant qu’Eve ne corrompe Adam. Etat bien mythique mais là n’est pas la question. A nouveau, que de mauvaise conscience dans cette attitude.

Libértariens, ce film est pour vous, amateur d’érotisme et suppôts du Diable, passez votre chemin.

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