Avengers : l’Ere d’Ultron

Je n’ai pas envie de tirer sur l’ambulance en disant qu’Avengers 2 est un mauvais film et en mettant dans la balance l’action d’un côté, la dramaturgie de l’autre. En fait le problème n’est pas là.

 C’est un film crypto-geek. En ça son phénoménal succès – il n’est pas encore sorti aux Etats-Unis qu’il a déjà amorti son budget – est surprenant. Bien sûr, la campagne marketing, le succès du 1er volet, la longue habituation avec les 4 personnages principaux ont concouru à ce succès, mais tout de même, c’est un film crypto-geek. A titre personnel, je le dis sans gloire ni honte, je n’ai pas compris la moitié des dialogues.

Toute la structure, le rapport entre les personnages, reposent sur un système référentiel qu’il est indispensable de connaitre. Après tout pourquoi pas ; une histoire demande toujours la mise en place d’une situation de départ. Mais dans le cas de ce film, le plaisir cinéphilique provient de ce seul système référentiel. Pour cette raison, les scènes préférées des fans d’Avengers seront sans doute celles qui laisseront le plus sur la touche ceux qui viennent seulement voir un gros film d’action ; ceux-là pourtant qui, précisément, font déborder le succès du film au-delà de sa sphère de fans hardcore.

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Une scène significative. Autour d’une table les 4 Avengers prennent l’apéro – rien que cette phrase me semble étrange – un à un ils essaient de soulever le marteau de Thor. Ils n’y arrivent pas. L’un d’eux, je ne sais plus lequel, Tony Stark je crois, fait cette remarque « si j’y arrive, je deviendrai roi d’Asgaard ? » Rire général. Si vous aussi vous riez, le film est fait pour vous, si comme moi vous êtes un peu embarrassé vous allez peu à peu décrocher.

C’est que je veux bien accepter la transposition du mythe nordique à la culture super-héroïque, admettons Thor est fils d’Odin, roi légitime d’Asgaard. Mais à l’écran je vois 4 hommes dans un immeuble de verre avec un cocktail à la main en train de se livrer à une épreuve de force : qu’est-ce que le royaume d’Asgaard ? Thor le gouverne-t-il ? Si c’est le cas que fait-il avec les Avengers ?

Le référentiel ne renvoie pas à une réalité que le film nous présenterait (le royaume d’Asgaard) mais à une connaissance qui est d’autant abstraite qu’elle est tenue pour évidente. On sait que Thor règne sur Asgaard ( bien qu’on ne sache rien concrètement d’Asgaard ) et on devine le prestige qu’il y a à en être le souverain ( bien que Thor semble préférer boire des martinis que se soucier du sort de ses hypothétiques sujets ) Le rire vient de ce qu’un tel royaume soit joué si futilement. Ou, pour d’autres donc, la gêne.

On me dira que je cherche la petite bête ou que je complique les choses. Pas du tout. Plus le film progresse dans ce système référentiel qui se suffit à lui-même, c’est-à-dire qui ne renvoie pas à des références concrètes, mais à des connaissances abstraites, plus il devient difficile de le suivre. A la fin, Thor est jeté dans un bain électrique d’où lui apparaît des « gemmes de l’infinité » qui seront à l’origine de l’apparition d’un nouvel être fabuleux. A ce point de l’histoire je ne suis même plus capable de dire ce qu’il se passe. Je ne complique pas les choses elles deviennent trop compliquées pour moi ou, comme je le disais, trop cryptiques.

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La question n’est donc pas de savoir ce que vaut le film en tant que film d’action ou de lui reprocher de n’être rien de plus. Comme tout le monde je peux apprécier un pur film d’action.  Ce qui me dérange c’est qu’il soit opaque, et surtout qu’il le soit volontairement parce que le plaisir cinéphilique repose essentiellement sur son système référentiel – plus encore, peut-être, que sur ses scènes d’action.

Je ne pense pas spoiler grand-chose en disant qu’une scène post-générique montre un sosie à face bleue du Pat Hibulaire de Disney se munir d’un gant et dire cette phrase « il va donc falloir que je m’en charge moi-même. » J’accepte, qu’on s’entende bien, que ce qui est une opacité pour moi soit une clarté pour d’autres : je ne connais pas ce personnage mais j’identifie un ennemi à venir. Je ne sais pas quel pouvoir lui confère son gant mais peu m’importe. Par contre cette phrase « je vais m’en charger moi-même » est insupportable. Si l’art d’un cinéaste est de suggérer c’est tout l’inverse qui est fait ici, c’est dissimuler pour mieux singer l’évidence.

Eh quoi tu vas t’en charger ? Et de qui d’abord, de la Bande à Picsou ? Charge-toi d’avoir un design présentable, ce sera déjà ça.

2h30 de coups de coude dans les côtes et de clins d’œil entendus, ça fait beaucoup.

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