de 2001 à Interstellar, quête des origines

Interstellar a beaucoup été comparé à 2001, l’Odyssée de l’Espace . Les 2 films sont construits sur le même fantasme : aux confins de l’univers réside le secret de l’humanité. Les 2 imaginent un voyage par-delà l’espace connu à la recherche de ces secrets.

Les 2 films relevant de la fiction, il est absolument ridicule de prétendre révéler quoique ce soit au spectateur. Brian de Palma dans Mission To Mars , qui repose sur le même principe que 2001 et Interstellar , a cru pertinent d’aller jusqu’au bout et de proposer un mythe des origines. Il n’a pas compris que si ces histoires prennent leur source dans le désir de savoir, il est impossible, dans le cadre d’une fiction, de satisfaire ce désir. Le cinéma ne répondra pas à cette question. Et c’est fondamentalement ce qui rend ces structures filmiques difficiles à manier et les condamne à faire chou blanc. Il n’y a rien à trouver ; la seule chose qu’on puisse faire c’est exciter la curiosité et l’envie d’en savoir plus.
A chacun leur manière, Stanley Kubrick et Christopher Nolan, s’en tiennent à cette limite. Si le 1er exploitait merveilleusement bien tous les fantasmes liés aux rites religieux primitifs – pourquoi les 1ers hommes se sont-ils mis à disposer des pierres d’une certaine manière ? – le 2nd échoue un peu à entretenir le fantasme de la vie au bout de l’univers mais, avec un certain positivisme, affirme haut et fort qu’il faut sans cesse continuer à chercher.

Le génie de Kubrick a été en quelque sorte de procéder à rebours : plutôt que d’amener au monolithe, il en part. Car, en fin de compte, tout son film tient dans sa 1ère séquence. La fin ne nous apprend rien de plus. 2001 ne va pas du mystère à la révélation, mais de la révélation au mystère. La toute fin ne fait rien de plus qu’empiler des symboles.

Le monolithe est une figure géométrique, un parallélépipède rectangle précisément. Il résulte de ça 2 choses : il n’est pas d’origine naturelle ; il est parfait comme toute figure géométrique – une machine ultra sophistiquée peut toujours être plus sophistiquée quand un rectangle ne peut pas être ni plus ni moins rectangulaire qu’il n’est – et communique ainsi de sa perfection à son créateur. En outre, les 1ères édifications humaines, menhirs et pierres dressées en tout genre, peuvent ressembler à des tentatives de le reproduire. Qui en est l’auteur, peu importe. Dieu ou les extraterrestres, on comprend bien, dans le fond, qu’il s’agit de la même chose. Il y a une Intelligence Supérieure qui a posé sa main sur le front de l’Homme ( ou du Singe ). Dans sa séquence d’ouverture le film jette toutes ses cartes. Que fait donc Kubrick ensuite ? Plutôt qu’expliquer d’où vient le monolithe, il prend 2h30 de film à épaissir le mystère qui l’enveloppe. Plus on se demande d’où il vient et plus on en accepte la réalité ; et c’est là l’essentiel. Peu importe qui est le créateur du monolithe, ce qui compte c’est qu’il atteste existence d’un créateur. On croit rester sur une énigme, quand, en fait, le film a habilement induit l’idée que l’intelligence humaine pouvait venir d’ailleurs. Bien sûr, tout ça reste du cinéma. Le but de Kubrick n’est pas tant de convaincre de cette théorie que de la rendre séduisante.

Dans Interstellar , les explorateurs s’imaginent que le trou de ver qui va leur permettre d’accéder à une planète habitable a été sciemment « placée » par une intelligence extraterrestre. Ils emploient parcimonieusement un « they » mystérieux pour les désigner. On tremble. Christopher Nolan va-t-il commettre l’erreur de De Palma, va-t-il verser dans un préchi-précha proto-raélien ? Va-t-on voir McConaughey serrer la pogne d’un ET dans un halo de lumière ? Ouf, non. Ils découvrent que c’est l’Homme qui est à l’origine du trou de ver. L’avenir de l’Homme appartient à l’Homme affirme donc Nolan qui se garde ainsi de toute hypothèse mystico-religieuse. La seule qu’il se permet c’est qu’il existe, peut-être, d’autres dimensions.

Il s’interdit, autrement, toute extrapolation trop fantaisiste. Ses personnages, dans l’espace, ne rencontrent que la mort. L’ultime séquence ne transgresse pas tant la limite que s’est imposé le cinéaste, qu’elle opère sur un plan plus métaphorique. Le trou noir c’est l’inconnu absolu – comment mieux le représenter ? – les bibliothèques enchevêtrées, le savoir infini. McConaughey s’y jette mais, d’une certaine manière, le tissu narratif est rompu à ce moment. Il ne découvre pas ce qu’il était venu chercher – un monde nouveau – mais ramène une information qui permettra un jour de le trouver.

Finalement Interstellar célèbre l’exploration pour l’exploration – le dernier réflexe de McConaughey est de reprendre sa navette pour continuer d’aller plus loin – et, en ça, s’avère plus vernien que métaphysique.
Interstellar troque ses rêves de découvertes galactiques pour une exaltation de l’esprit d’aventure. La différence majeure entre les 2 films est sans doute là.

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