Interview de Matthieu Rubin

Matthieu Rubin est un directeur de production français. Il est, avec son associé Raphaël Benoliel, spécialisé dans la production de films étrangers tournés en France.

Cinémapolis : Vous venez de l’ESRA. Qu’est-ce que vous pensez des écoles de cinéma privées ?
MR : Ce qui est intéressant à l’ESRA c’est que les 2 premières années sont généralistes et peuvent permettre de s’orienter. On découvre de nouveaux postes. Ca a été mon cas. Au départ je voulais faire de la caméra, et puis finalement j’ai fait de la mise en scène parce qu’après avoir eu l’occasion d’en faire sur un court j’ai découvert que ça me plaisait plus. Le 2e avantage c’est que ça vous apporte une expérience et que quand vous vous retrouvez sur un tournage vous arrivez plus facilement à trouver votre place et à être efficace. Ca vous donne une longueur d’avance dès le départ.

Cinémapolis : Vous avez donc une image assez positive de la formation professionnelle pour le cinéma ?
MR : Oui, après l’ESRA c’est une école polyvalente. Si vous allez faire la FEMIS ou LOUIS LUMIERE, c’est beaucoup plus technique dès le départ. Y a peut-être moins ce côté « on passe par tous les postes ».

Cinémapolis : Quel a été votre parcours de l’ESRA à Firstep ? Comment avez-vous fait la rencontre de Raphaël Benoliel, votre associé  ?
MR : J’ai rencontré Raphaël à une fête de fin de tournage. Il venait d’ouvrir Firstep. J’ai d’abord travaillé en régie, un peu en mise en scène, en assistant, et puis quand il a eu Les Vacances de Mr Bean , il avait besoin d’un directeur de production et il m’a demandé si ça me tentait de le faire avec lui; j’ai bien sûr accepté. Ca fait 8 ans maintenant.

Cinémapolis : Est-ce que vous pouvez décrire ce qu’est le métier de directeur de production ?
MR : Alors ça dépend s’il s’agit d’un film anglosaxon ou français. Sur un film français, le directeur de production est seul et il gère tout. Sur un film anglosaxon, on est 2 : le line producer qui gère le budget et l’administration, et le unit production manager , ce qui est mon poste, qui gère la production concrète c’est-à-dire l’équipe technique, la matériel, le suivi du tournage.

Cinémapolis : Comment vous vous êtes retrouvés sur le film de Woody Allen ?
MR : Avec Firstep on en a fait 2. Midnight in Paris en 2010 et Magic in the Moonlight qui est sorti cette année. Quand vous avez un tournage étranger qui se passe en France, les productions passent par la Commission du Film France qui les oriente vers les différentes sociétés spécialisés et en France on est que 2 grosses boites à faire les films étrangers. Après on reçoit un scénario, on fait un plan de travail, un dépouillement et en fonction de ça on budgète. Notre proposition est celle qui a le mieux convenu à Woody Allen je suppose.

Cinémapolis : Quel est votre point de vue sur le système de financement du cinéma français ?
MR : Moi ce que je fais ce sont les films étrangers qui viennent être tournés en France. Le crédit d’impôt international qui est apparu en 2010 permet aux sociétés de récupérer 20% sur toutes les dépenses qui sont pas considérées comme des dépenses de luxe. Midnight in Paris a été le 1er film à en bénéficier. Sur les techniciens, sur les décors quand ils sont facturés par des sociétés et pas par des particuliers. Pas pour un appartement par exemple. Sur les véhicules quand il s’agit de minibus, de trucs comme ça, mais pas si je loue une mercedes pour le réalisateur. Idem pour les loges. Depuis 2012, les hôtels sont devenus éligibles aussi.
Ce qui est intéressant c’est que ça permet de délocaliser des films ; avant une société étrangère venait à Paris ou dans le Sud de la France, parce qu’elle savait que sur place il y avait assez de techniciens pour ne pas à avoir à en déplacer. Si, par exemple, on partait tourner en Bretagne, il fallait amener des techniciens parisiens, les loger, leur donner un défraiement, et ça entraînait un surcoût important. Comme maintenant elles savent qu’elles récupèrent 20% du coût du logement et des techniciens, les productions sont un peu moins frileuses. Ca permet de faire revivre un peu des régions dans lesquelles on tournait plus trop.

Cinémapolis : Beaucoup de films sensés se passer en France se tournent à l’étranger ?
MR : Oui. En France on a beaucoup de charges sur les techniciens. Par exemple sur un chef machiniste on va avoir en gros 63% de charges sociales ; alors que pour un chef machiniste anglais ce sera 0,4%. On est quand même assez cher de ce point de vue. Là en ce moment je suis sur un tournage d’un film anglais, on tourne 5 semaines à Paris pour les extérieurs, et les 5 semaines restantes, des intérieurs et du studio, vont être faites à Londres. Pour qu’un film soit entièrement tourné en France, c’est qu’on est arrivés à convaincre les productions de ne prendre que des techniciens français. Ca a été le cas sur les 2 Woody Allen.

Cinémapolis : Mais vous pensez que le gouvernement devrait faire des aménagements pour attirer les films étrangers en France ?
MR : Ils sont en train. Il y a 2 changements à venir. Sur le crédit d’impôt français, c’était 20% également sur les dépenses éligibles, et ça a été augmenté à 30%. Sur le crédit d’impôt international, il y a eu des discussions pour savoir s’il fallait le maintenir ; Raphaël et moi on espère qu’il le sera. Et si c’est le cas, pourquoi ne pas le monter aussi à 30% comme pour les films français ? Ca permettrait de ramener encore plus de films en France.

Cinémapolis : Vous m’aviez dit qu’à moins de 8 000 000 d’euros on était obligés de tricher pour faire un budget à cause des contraintes.
MR : Pas forcément obligé de tricher. Mais disons que soit vous mettez les techniciens en participation, autrement en les payant au minimum syndical et en payant les heures supplémentaires c’est compliqué de faire un film à moins de 8 millions, effectivement.

Cinémapolis : La question en arrière-plan de tout ça c’est comment rendre plus facile les tournages en France sans que les salariés en pâtissent.
MR : Sur un technicien que je paierais, disons pour l’exemple, 100 €, il va cotiser 22 % de charges sociales lui-même et 20 % d’impôts sur le revenu. Ce qui fait qu’il lui reste, sur les 100 € payés, 58. L’Etat par contre, va prendre 63% de charges patronales, les 22% du technicien et les 20% d’impôts. C’est 105 de récupérés. C’est énormément en faveur de l’Etat.
Avant les heures supplémentaires étaient défiscalisées, c’était intéressant, maintenant elles ne le sont plus, c’est dommage. En France, il y a un progressif, 4h à 25% , 2 à 50 puis tant à 100 et tant à 200. En Angleterre, chaque heure supplémentaire est payée 35 livres et puis c’est tout. On est quand même dans une situation particulière.

Je remercie Matthieu Rubbin pour sa franchise et sa disponibilité.

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