Interstellar

Christopher Nolan est un mystificateur. Il accomplit ce double exploit de créer un sentiment d’urgence autour de scènes dont on ne comprend pas forcément les enjeux, et, presque plus étrange, de donner l’impression que tout est inextricablement lié sans qu’on sache de quoi il est question. Dans un film on peut être pris par une scène trépidante mais la vitesse n’est rien si on ne sait pas où va le héros et ce qu’il veut. A part chez Nolan. 

Pas étonnant qu’il ait fait un film de prestidigitateur ( Le Prestige, 2006) Mais après tout, la mise en scène n’est peut-être rien de plus qu’un art de la mystification.

Interstellar c’est le fantasme de la science-fiction messianique, celle dont Kubrick avait posé les jalons (2001, L’Odysée de l’Espace , 1968) On envoie un homme dans l’espace et il doit en percer les mystères. On ne sait pas trop où ça va mener mais on s’imagine que là-bas, aux tréfonds des galaxies et des trous noirs, quelques formidables révélations attendent l’Homme. Le film le répète : l’Homme est une race d’explorateurs. Et ce qui le tue dans le fond, ça n’est pas tant les tempêtes de poussière qui assèchent les champs, mais l’immobilisme. Le vent souffle la mort d’une espèce qui ne veut plus bouger. Elle doit conquérir de nouveaux espaces. Il y a en arrière-plan beaucoup de naïveté dans ce film. Jessica Chastain qui jette ses notes en criant eureka c’est l’enfance retrouvée.

Cette quête des confins de l’univers est dangereuse. Beaucoup s’y sont cassé les dents. Explorer l’univers qu’on ne connaît pas, c’est un peu faire des promesses qu’on ne tiendra pas. Une des bonnes idées de ce film est justement de faire taire les obscures spéculations proto-scientifiques de ses personnages pour se recentrer sur des questions de survie. On se reconnecte très vite à l’histoire. Le directeur de la mission s’engage auprès de son pilote à résoudre une équation qui renfermerait les secrets de l’espace-temps. En termes simples : trouve une planète, reviens, et d’ici là j’aurai compris comment y transporter l’humanité. En cours de route donc, on apprend que cette équation était bidon. On apprend que la mission elle-même était un coup de poker. Belle pirouette de Nolan. D’un coup il révèle que tout son dispositif était en fait une imposture. Le professeur Brand a fait miroiter les mêmes mirages à Cooper, le pilote, que Nolan à son spectateur. L’un et l’autre ont été de brillants magiciens.

Si on y réfléchit un peu d’ailleurs, on s’aperçoit que toute l’intrigue n’est qu’une série de fausses pistes : à chacune des étapes qui scandent le film, à chaque fois qu’on se demande ce que les héros vont découvrir à tel endroit, on se rend compte en fait qu’ils ont été bernés. D’une fausse piste à l’autre jusqu’à ce que la mission elle-même soit remise en cause. Et finalement, c’est avec une énormité que Nolan débloque tout et retrouve ses rails : à l’intérieur du trou noir Gargantua se trouvent des « données quantiques » qui vont permettre de résoudre la fameuse équation de l’espace-temps. Aussi simple que ça. Ces données récupérées, eureka, l’humanité marche à travers les dimensions comme elle prendrait le métro.

On pourrait craindre un film froid, un peu désincarné, mais il faut le reconnaître Nolan parvient à tisser des liens forts entre ses personnages. De ce point de vue, le film est nettement plus vivant que ne l’était Gravity (Alfonso Cuaron, 2013) C’est finalement, plus que de fumeuses théories quantiques, l’histoire d’un homme qui refuse de se laisser engloutir sous la poussière et qui cherche à donner un sens à sa vie.

Titre : Interstellar

Réalisation : Christopher Nolan

Scénario : Jonathan Nolan et Christopher Nolan

Interprétation : Matthew McConaughey, Anne Hattaway, Michael Caine, Matt Damon

Date de sortie : 05/11/2014

Distribution : Warner Bros France

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