Vie sauvage de Cédric Kahn

Six mois après la sortie du film partial La Belle vie de Jean Denizot, Cédric Kahn s’attaque lui aussi au fait divers de la famille Fortin dans son nouveau film, Vie sauvage , mais en adoptant un parti-pris plus neutre. Il ne condamne pas ce père ayant fui avec ses deux enfants pour vivre dans la nature, les retirant à leur mère. En adoptant le point de vue des enfants, le réalisateur, qui a lui même grandi à la campagne au milieu de reclus, s’interroge sur la marginalité dans notre société. Entre la vie « normale » et la vie sauvage, quelle est la prison ?

Tout commence dans la grisaille d’un matin d’automne. Un père de famille, Paco, s’absente. La mère de famille, Nora, en profite pour partir avec ses trois enfants loin de la caravane où ils ont décidé de vivre en osmose avec la nature. Lassée par ce choix de vie, elle part s’installer dans la maison de ses parents dans le sud de la France pour adopter un mode de vie plus « normal ». Cette scène initiale, brutale, donne le ton du film. Si on avait raconté l’histoire des parents, on aurait probablement commencé par la rencontre, l’amour naissant entre les deux personnages. Mais comme le parti-pris de Cédric Kahn est le point de vue des enfants, on a choisi de commencer par le moment où la famille se déchire.

Les enfants perdent leurs repères et doivent faire un choix : rester avec leur mère, ou suivre leur père. Mais à même pas 10 ans, est-on assez mature ? Peut-on considérer qu’un enfant a son propre libre arbitre ? La justice tranche que non, et veut laisser les enfants à leur mère. Deux des enfants, eux, choisissent de se ranger du côté de leur père et s’enfuient vivre avec lui en pleine nature. Leur apprentissage d’une vie en communion avec l’environnement peut alors commencer.

Impossible de montrer toute l’histoire de cette cavale qui a duré 11 ans. Le scénario ne se perd pas à raconter toute la bataille judiciaire menée par la mère, ni à suivre pas à pas le quotidien du père et des deux enfants traqués. Il se scinde en deux parties, séparé d’une ellipse d’une dizaine d’années.

10 ans après leur fuite, les deux fils ne sont plus si sûrs de leur choix. Les deux adorables bambins – magistralement campés par David Gastou et Sofiane Neveu – se sont transformés en deux adolescents turbulents – interprétés par deux acteurs débutants peu convaincants. Face à leur père si sûr de son choix de vie qu’il en devient borné et jusqu’au-boutiste, les deux jeunes esquissent des pas vers le retour à la civilisation. Leur père les accuse de vouloir ressembler à des « beaufs » parce que l’un des deux garçons s’est fait couper les cheveux. La limite de la marginalité est dressée : ce choix de vie rime-t-il avec aucun compromis ?

Excellente intuition de Cédric Kahn que de choisir Mathieu Kassovitz pour interpréter ce père de famille qui ne vit que pour la liberté et le rejet de la société de consommation. Son engagement et sa gouaille naturelle vont bien à ce rôle de rebelle… Rebelle à tel point que l’acteur et le réalisateur ont terminé le tournage sans presque plus s’adresser la parole et que Mathieu Kassovitz refuse de faire toute promotion du film !

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