Magic in the Moonlight

Revoici Woody Allen en France, lui qui n’a jamais caché son attirance pour les villes et paysages européens, souvent à l’honneur dans ses derniers longs-métrages – surtout quand cela lui permet de diminuer le coût de financement du film. Cette fois, l’intrigue prend place sur la Côte d’Azur, en 1928. Elle met en scène un acariâtre prestidigitateur britannique (Colin Firth) qui vient démasquer Sophie, une jeune femme qui se prétend medium (Emma Stone). On retrouve du Ingmar Bergman et son The Magician dansMagic in the Moonlight , mais Woody Allen l’a totalement retravaillé pour en faire une charmante comédie romantique où, comme à son habitude, les dialogues et la mise en lumière des acteurs sont grandioses. Avec une petite touche d’optimisme qu’on ne lui connaissait pas.

Un petit air jazzy, des cartons noirs et fixes, une police Winstor pour annoncer le casting qui défile par ordre alphabétique, une ouverture hilarante où les répliques fusent à la vitesse de la lumière : dès les premières scènes, on entre pleinement dans Magic in the Moonlight .

On est plongé dans les coulisses du plus célèbre des magiciens de l’époque, le chinois Wei Ling Soo. Mais peu savent qu’il s’agit en réalité du nom de scène de Stanley Crawford, un Anglais arrogant et grognon qui ne supporte pas les soi-disant médiums qui prétendent prédire l’avenir. « Je suis un homme de raison qui croit en un monde de raison. Tout autre voie mène à la folie » , déclare Stanley. C’est bien sûr Woody Allen, ce vieux misanthrope aigri, incroyant et rationnel, qui a peur de la mort et succombe aux tours d’une jeune femme qui entre brusquement dans sa vie. Car, à sa grande surprise, la frêle médium qu’il voulait démasquer accomplit des exploits surnaturels qui dépassent l’entendement… Et si ses pouvoirs étaient réels ? Dans cette hypothèse, Stanley comprend que tout deviendrait possible, et que le monde serait plus heureux, mais que toutes ses certitudes en seraient ébranlées…

Le romantisme art déco et le cadre ensoleillé donne une étrange aura à la rencontre tonique entre deux conceptions d’envisager le monde. Comme dans le rétro Midnight in Paris , Woody Allen a fait appel au directeur de la photographie Darius Khondji – et quelle bonne idée ! En utilisant un objectif cinémascope des années 70, il donne au film un grain léger et joyeux. On croirait qu’il a donné vie à des photographies de Jacques Henri Lartigue. Ce choix met particulièrement en lumière la beauté d’Emma Stone, qui illumine le film … Et si Woody Allen avait trouvé là une nouvelle muse ?

Au début de sa carrière, Woody Allen avait des égéries officielles : Diane Keaton ou encore Mia Farrow. Depuis 1993, une vingtaine d’actrices est passé devant sa caméra, seule Scarlett Johansson et Pénélope Cruz y sont restées plus d’une fois… Mais alors, est-ce qu’après avoir fanstasmé sur de jolies intellos hipsters, Woody Allen et ses 70 piges n’aurait désormais d’yeux que pour les bombes les plus spectaculaires d’Hollywood ?

C’était sans compter sur la rouquine ingénue Emma Stone, ses grands yeux bleus hypnotisant et sa diction presque aussi rapide que le réalisateur. En la transbahutant en 1928, Woody Allen trouve l’occasion d’accommoder l’actrice au charme fané de la grande époque du muet : mains délicates et gantées, œil mutin, masqué par le rebord d’un bibi fleuri. « Je suis convaincu que dans un million d’années, grâce à l’informatique, on pourra mettre en équation le phénomène amoureux, mais à l’heure actuelle, et dans un avenir proche, les choses ne changeront pas. Il y a quelque chose de magique et d’exaltant dans une rencontre » , explique le réalisateur. Si la rencontre entre Stanley et Sophie est magique, celle entre Woody Allen et Emma Stone ne l’est pas moins. D’ailleurs, elle fera partie de la distribution du prochain film du réalisateur…

Après le drame Blue Jasmine , Woody Allen renoue avec la légèreté grâce à Magic in the Moonlight . Lui qui est fan de magie depuis son enfance – il l’avait déjà prouvé en incarnant le prestidigitateur Spendini dans Scoop , propose une comédie aussi romantique que féerique. Certes, la fin n’est pas une surprise, mais la gymnastique spirituelle et amoureuse entre Colin Firth et Emma Stone nous fait ressortir de ce film avec le sourire.

<doc2483|left> <doc2484|right>

written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**