Gone Girl

Gone Girl est adapté d’un roman à succès de Gillian Flynn – sorti en France sous le tire Les Apparences . La romancière est elle-même auteure du scénario du film.

C’est une histoire de disparition ; oui ; mais surtout une histoire de faux-semblants, « d’apparences » donc, comme l’indique le titre français du livre.

Amy Dunne est l’héroïne d’une série de livres illustrés pour enfants « the amazing amy », déclinaison de Martine à la …  ; petite fille modèle puis femme heureuse, elle n’est pourtant pas ce qu’on croit qu’elle est. Son mari, joué par un Ben Affleck massif et plus monolithique que jamais, renvoie lui aussi l’image de la réussite sociale et du bonheur. Il n’est pas non plus ce qu’on croit qu’il est. Ce jeu de faux-semblants s’opère à plusieurs niveaux : il y a la perception des proches, famille et (faux) amis, celle des médias, mais aussi celle du spectateur, qui bascule tout au long du film d’une impression à une autre. Un coup, tel personnage lui apparaît sympathique, puis il découvre que c’est un salaud, et ainsi de suite.

Ce principe manipulateur, de changement de perspective continuel, correspond bien à David Fincher. On pourra se réjouir de l’ingéniosité des mensonges, des retournements d’angle de vue, des effets de surprise, trouver brillantes les stratégies des uns et des autres, etc… mais malheureusement tout ça se fait un peu au prix du relief humain. Tout est trop sophistiqué, machiavélique, pour qu’on puisse ressentir de l’empathie. Les 2 rôles principaux sont des blocs de givre. On garde une distance avec eux. Veut-on vraiment que Nick Dunne retrouve sa femme ? Pas tant que ça. On veut surtout comprendre ce qu’il s’est passé.

Un film comme Fargo ( Joel & Ethan Coen, 1996) montre un homme pris au piège d’un coup monté dont il est l’auteur ; tout devait être simple, tout lui file entre les doigts. On éprouve une sorte d’empathie pour lui à mesure qu’on le voit s’embourber. Dans Gone Girl , c’est tout l’inverse, on regarde fasciné une vaste machination se mettre en place, minutieusement pensée et exécutée. Le film semble contenir plusieurs histoires, plusieurs films presque, tant les situations se compliquent et s’enrichissent ; tout est trop méticuleux pour être vrai. Mais, à nouveau, le plaisir du spectateur sera justement dans le hors-norme, dans tout ce que le récit a d’impossible.

David Fincher renoue avec l’image d’un cinéaste sophistiqué, qui sous couvert d’un thriller habilement troussé, passe sur la table d’opération le pouvoir médiatique et le mariage, double plan de la représentation sociale, vue de la sphère publique et privée. Certainement, il y a quelque chose d’assez plaisant là-dedans, de malin – même s’il y a aussi beaucoup de passages, tout particulièrement dans le dernier acte, totalement invraisemblables – mais de définitivement trop méthodique aussi. On aimerait que les personnages ressentent quelque chose plutôt que les voir sans cesse planifier, peser, mesurer.

Titre : Gone Girl

Réalisation : David Fincher

Scénario : Gillian Flynn

Interprétation : Ben Affleck, Rosamund Pike

Date de sortie : 08/10/2014

Distribution : 20th Century Fox France

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