Saint Laurent

Pour sa biographie d’Yves St Laurent, Bertrand Bonello évite le schéma du parcours. C’est tant mieux, la linéarité de ce procédé est vite ennuyeuse. On découvre le couturier 1967 déjà internationalement reconnu pour son travail.

Malheureusement, plutôt que montrer St Laurent enthousiaste dans son travail, on voit un homme vaincu qui ne croit pas en ce qu’il fait. Plutôt que montrer que sa créativité rencontre les idées de son temps, s’enrichit des bouleversements sociétaux qui parcourent la France et le monde, voire les influence, le couturier contemple sa décadence. St Laurent a-t-il contribué à changer les mœurs en changeant les codes vestimentaires ? Bonello ne se prononce pas. Une scène montre d’un côté – l’écran est divisé en 2 – les manifestations de mai 68, les grandes mouvements populaires du début des années 70, de l’autre les défilés de St Laurent, qui s’enchaînent impassiblement, comme indifférents des événements extérieurs. Des filles descendent le même escalier, souriantes, égales, pendant que, parallèlement, les rues se dépavent et les barricades se dressent.

St Laurent, conscient de sa futilité, se crame. En boîte, en drogue, en orgie. Gigantesque fuite en avant d’un homme blasé. Il arpente les rues parisiennes à la recherche de nouveaux amants.

Le parti pris de Bonello de déconnecter le couturier de son temps le rend peut-être un peu plus iconique mais crée au fur et à mesure une distance avec le spectateur. Pire encore, de son indifférence, de son opulence, naît du mépris social. Ainsi le voit-on traîner sur les chantiers de construction pour s’y débaucher. Fantasme des « gestes sales ». Il veut bouffer du gravier, être violenté par des corps sans âmes. Jacques de Bascher, son amant dans la partie centrale du film, est un cran au-dessus, incarnation de vanité et de hauteur aristocratique. « Les gens disent que je ne travaille pas ; c’est faux ; j’inspire Karl (Lagerfeld ) » jette-t-il désinvolte à son reflet dans le miroir. Ou encore, utilisant un accessoire érotique en guise de monocle, « les gens sous la République de Weimar savaient s’habiller ; toujours une cravate en soie ou un col cassé ; plus comme maintenant ». L’un voit dans l’effondrement économique de l’Allemagne des pages de bande-dessinées peuplées de sosies d’Eric Von Stroheim, l’autre fait du prolétariat, un playground sexuel, une catégorie particulière de ses vices. Comme une boîte de nuit qui divise son espace en fonction des fantasmes de ses usagers, St Laurent divise les classes sociales. Etait-il aussi cynique ? Sa passion ne venait-elle pas, au contraire, de la conscience du lien qui unissait son métier aux changements sociaux ?

Tout ça est dommage parce que la mise en scène de Bonello est inventive, audacieuse, que les décors et les costumes sont très réussis.

La futilité est la hantise de la mode à un point presque paranoïaque ; il n’est une pub pour une marque de luxe qui ne communique sur la nécessité de briser les carcans, de se libérer des conventions ; l’obsession est totale. Mais, comme prise dans des sables mouvants, elle s’enfonce à chaque fois un peu plus à se débattre. Sans doute une opportunité, en retraçant la carrière de St Laurent, se présentait pour sortir la mode de ses excentricités et lui redonner une place dans les grandes révolutions culturelles du Xxe siècle. De dire qu’il y a un enjeu essentiel dans l’habillement dont St Laurent avait pleinement pris la mesure. Bertrand Bonello n’a pas souhaité la saisir. Il en ressort un film beau mais un peu vide.

Titre : Saint Laurent

Réalisation : Bertrand Bonello

Scénario : Bertrand Bonello et Thomas Bidegain

Interprétation : Gaspar Ulliel, Jérémie Rénier, Léa Seydoux, Louis Garrel

Date de sortie : 24/08/2014

Distribution : EuropaCorp

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3 Responses to "Saint Laurent"

  1. johnny says:

    Plutôt que montrer que sa créativité… ah que coucou!

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  2. chaima says:

    wesh! st laurent trîane sur des chantiers, wesh mec, c’est pas du mépris social si il kiffe les blédards!

    Répondre

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