Massacre à la Tronçonneuse

Soirée événementielle au Rex pour célébrer le 40e anniversaire de Massacre à la Tronçonneuse .

Tobe Hooper, venu sur scène au son des Ramones, a été reçu sous les applaudissements. 40 ans que le 1er film est sorti. Il y aura 6 autres films et quantité de produits dérivés. Légende immaculée, des sacs à vomi étaient donnés à l’entrée du cinéma.

 

Que peut-on dire de ce film matriciel de tout un genre qui n’ait déjà été dit ? Lors de la présentation à Gerardmer du 6e volet (Johnatan Liebesman, 2007) un concerto de tronçonneuses avait été donné avant la projection du film : 4 hommes, en smoking, sous la houlette d’un chef d’orchestre ont fait hurler leurs scies motorisées. La salle empestait l’essence ; les fans étaient chauffés à blanc. Aucun doute le héros c’est bien Leatherface et pas ses victimes.

Massacre à la Tronçonneuse est trop culte pour ne pas qu’on lui prête toutes sorte d’interprétations. Celles-ci s’adaptent avec l’actualité. Fable sur la désindustrialisation ai-je lui ici, condamnation du cannibalisme capitaliste, là. Le titre original du film, The Texas Chainsaw Massacre    évoque une manchette de journal quand son titre français fait énoncé de programme. D’un côté le fait divers, de l’autre la recette de cuisine. Mais le point de départ c’est bien le fait divers. Un bulletin info en égraine une série en ouverture du film ; d’abord celui qui concerne directement l’histoire – profanations macabre dans un cimetière – puis d’autres, comme une litanie de l’horreur au quotidien. Stratégie du cinéaste texan pour nous dire que son histoire, aussi folle puisse-t-elle paraître, est bien réelle, que chaque jour des crimes épouvantables sont commis.
Bien évidemment il s’agit d’une pure fiction. Hooper a repris de l’histoire d’Ed Gein 2 détails : le mobilier fait d’ossements et le cadavre des grand-parents installés à l’étage. ( Hitchcock ne conservera que cette 2nde pour Psychose ) Mais la tentative de déborder le réel dans la fiction n’est pas anodine. Massacre à la Tronçonneuse est d’abord un film d’exploitation avant d’être une fable ou une dénonciation. Hooper joue de l’attrait de l’horrible, du fait divers vrai.

Le mythe a pris le pas .

Aujourd’hui Massacre , c’est Leatherface. Un héros du cinéma d’horreur ; 1ère incarnation d’une longue lignée de boogeymen. Il préfigure Hannibal Lecter. Tous les films qui ont suivis lui font un triomphe. Un héros ou peut-être finalement, un vrai anti-héros de cinéma. Il est investi d’une mission punitive, cathartique. Il débarrasse les 1ères minutes l’écran de quelques crétins exaspérants avec l’approbation, sinon les félicitations, du spectateur. Et le reste du métrage il l’occupera à donner une leçon d’humilité aux protagonistes – toujours trop beaux, trop hipsters, trop sûrs d’eux. On ne le regarde pas comme un étranger, bien au contraire tout de sa silhouette à sa gestuelle indique la familiarité, et encore moins une figure inquiétante, mais comme une sorte de rédempteur. Il tronçonne pour le bien commun. Sans doute, arrivés à ce point, l’idée qu’il incarne la face obscure de l’Amérique, qu’il est le miroir de ses vices, devait finir par germer.

En 74, Tobe Hooper compile des faits divers atroces, à la recherche du plus macabre. Massacre à la Tronçonneuse , c’est l’horreur à la porte d’à côté. En 2014, un glissement s’est effectué : le film est devenu un objet transgressif, une gifle retournée à l’establishment et au bon goût. Un truc absolument rock’n’roll. Au Rex, on nous montre une vidéo où Michel Drucker et Leslie Caron commentent le film ; le 1er le qualifie « d’abominable »; la 2nde, qui était membre du jury de l’édition 76 du festival d’Avoriaz, annonce qu’elle se permet de sortir de sa réserve professionnelle pour dénoncer un film « indigne et bestial ». On applaudit.

Massacre est si outrancier que plus personne, exception peut-être de Michel Drucker donc, ne peut le voir comme il a été perçu à sa sortie. La famille Sawyer – leur nom est donné dans le 2nd volet – qui singe l’effroi de Marilyn Burns, qu’ils ont attachée à une chaise, nous apparaît bien sympathique. L’effet d’horreur est tellement dilué qu’on est à deux doigts de La Famille Adams . Les répliques sont juteuses, horriblement drôles. «  Tu nous a toujours dit que grand-père était le meilleur tueur   » On se sent un peu de la famille.
Faut-il voir là-dedans l’effet d’une indifférence, d’une trop grande banalité du cinéma d’horreur ? Peut-être. Mais le temps a surtout chargé le film de symboles. Un vernis a été appliqué. Ce qu’il a perdu en épouvante a été compensé en discours sur la société américaine. Un objet mercantile est devenu une fable politique. Pour le pire et le meilleur.

Le film ressort en salles le 29 octobre et en DVD/bluray le 29 novembre.

Titre : The Texas Chainsaw Massacre

Réalisation : Tobe Hooper

Scénario : Kim Henkel et Tobe Hooper

Interprétation : Gunnar Hansen, Marilyn Burns, Edwin Neal

Distribution : Carlotta Films

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