Le foliomatic : Jim Aux Yeux Verts

Le foliomatic c’est un projet de Justine Bo, jeune créatrice au parcours iconoclaste. Un texte en 7 chapitres accompagné de vidéos, complémentaires de la lecture et pas simplement illustratives, le tout passé à la machine, et qui sera diffusé sur internet courant du mois prochain.
Avec Camille Thebault, cadreuse du foliomatic – et collaboratrice de Cinémapolis – elle revient sur le projet.

Cinémapolis : Comment tu as eu l’idée du foliomatic ?
Justine   : En fait, je trouvais ça assez évident. Il n’y a pas de romans digitaux, de choses comme ça.

Cinémapolis : et d’où vient le nom ?
Camille   : Il fallait trouver quelque chose qui rende à la fois l’idée de la vidéo, du roman, du digital mais qui garde quand même l’aspect libre.
Justine   : On a beaucoup hésité. Je pense qu’on a eu 50 noms différents. C’est Agathe ( *Agathe Martin-Gougenhaim, collaboratrice ), je crois qui a suggéré « folio » et moi j’aimais bien la fin en « matic » pour lavomatic. Ca transcrivait bien le coté un peu système D de notre équipe.

Cinémapolis: Comment s’est passé la réalisation ? Tu as écrit les textes et vous avez tourné les vidéos après ?
Justine   : J’ai d’abord écrit mais j’avais une idée assez claire de ce qui devait être en texte et ce qui devait être en vidéo. On a travaillé ensuite rapidement sur les vidéos avec Camille et Fred (* Fred Eiferman, cadreur )
Camille   : oui, Justine nous a donné son roman avec des parties qui étaient écrites comme un scénario. Et on s’est posés tous les 3 pour en discuter, pour voir comment on allait faire, et pour réécrire certaines choses afin de les rendre plus visuelles.

Cinémapolis: mais qu’est-ce qui fait que tu décides à tel moment de mettre une vidéo plus qu’à un autre ?
Justine   : Dans la façon dont j’imagine l’histoire, il y a des choses qui sont de l’ordre de la vidéo et des choses qui me viennent comme du texte. Par exemple, quand Jim part à la recherche de son père, les conversations qu’il a avec le 1er type qu’il retrouve, ça aurait pu être en vidéo, mais j’avais envie de le mettre dans le texte parce que je trouvais que c’était marrant justement de laisser le lecteur imaginer la tête de ce type.

Cinémapolis: Ca a pris combien de temps à se faire ?
Justine   : je l’ai écrit en très peu de temps, 10 jours quelque chose comme ça. Après ça a pris plus de temps. On a commencé à y réfléchir, à travailler dessus fin février / début mars et on a tourné en avril sur 2 weekends.
Camille   : Une fois qu’on a eu les 4 jours de tournage, ça c’est plutôt vite enchaîné avec le montage, etc… le plus long c’était vraiment la prépa vu qu’on avait pas de moyens, il fallait tout réunir à moindre frais, c’est-à-dire les accessoires, les décors et constituer l’équipe technique.
Justine   : le monteur (* Victorien Tardif ) a été ultra-efficace. On a fini fin mai. Et après le site était prêt pour début juin. Le monteur et la fille qui a fait le site, Magali,(* Magali Doublet, graphiste ) ont été hyper rapides.

Cinémapolis : et le site, justement, tu estimes que ça fait partie du projet global ?
Justine   : oui l’idée c’était que ce soit un objet, que tu rentres dans un univers tout de suite. Magali, qui a fait le site, a beaucoup réfléchi à l’histoire et c’est aussi grâce à elle qu’on a un objet aussi particulier. Par exemple le fond d’écran est vert – parce que c’est Jim aux yeux verts – et se désature parce qu’il perd la vue. Le logo est inspiré des tableaux des lettres des ophtalmo ; enfin voilà, y a plein de choses auxquelles elle a pensé.
Camille   : oui elle a vraiment su saisir l’univers.

Cinémapolis: Pourquoi Jim aux Yeux Verts finalement ? C’est une référence à la chanson de Souchon ?
Justine   : oui, je suis très fan de Souchon. C’est peut-être une révélation que je devrais pas faire. Et puis j’aime bien les prénoms très courts : comme Jul par exemple aussi. Et pour le titre, je ne sais pas, je trouvais juste que ça sonnait bien comme ça. J’aime le vert, c’est pour ça que j’ai choisi cette couleur-là.

Cinémapolis: je vais revenir sur l’alternance texte / vidéo ; on a le sentiment qu’il y a 2 temporalités : il y a une sorte de passé simple / imparfait dans le texte et puis un présent absolu dans la vidéo, c’était une volonté de ta part ?
Justine   : oui c’est pour ça que le contraste est intéressant aussi. C’est difficile dans un texte de rendre le présent. Tu n’arrives pas à rendre la même immédiateté qu’avec une vidéo. Je pense que ce qui confère aussi cette sensation c’est le fait de voir les personnages en chair et en os. Avec un texte il y a forcément une distance, tout te semble plus lointain. En plus là l’histoire d’amour entre les 2 se fait très vite, il y a une rapidité … même dans la façon d’incarner leur personnages, ils sont très enfantins, il n’y a pas beaucoup de distance avec ces personnages, j’ai l’impression.

Cinémapolis: Souvent quand il y a une adaptation d’un roman les lecteurs se plaignent de ce qu’on leur impose une représentation précise de choses qu’ils s’imaginaient par eux-mêmes, tu n’as pas craint ça ?
Justine   : Effectivement ça fait partie des questions qui se posent dans ce genre de travail. Quand j’en parlais au début, j’étais toute contente de faire mon truc, et j’avais des amis qui me disaient qu’ils n’ont pas du tout envie de voir des images quand ils lisent un livre et qu’ils préférent tout imaginer. C’était une question que tout le monde se posait. Mais pour moi on te propose un univers. C’est intéressant quand un artiste te propose tout un univers et pas juste un texte. Et c’est un texte qui n’existerait pas sans la vidéo.
Camille   : oui ils sont faits tous les 2 pour exister ensemble, c’est pas comme quand tu lis un livre, et après tu vas voir le film. A cause de contraintes économiques, tu as plein de passages qui sont zappés dans le film, les personnages sont moins creusés, et c’est ça souvent qui te déçoit, c’est pas simplement de voir la tête d’un acteur à la place du personnage.
Justine   : moi en tant que spectatrice j’aime entrer dans l’univers de quelqu’un. Certains de mes cinéaste préférés, comme Bonello, ou même Satouf, sont très présents sur tous les aspects de la création: la musique, l’image, la réalisation, je trouve ça intéressant. En faisant l’effort de produire des vidéos tu vas encore plus loin dans l’univers que tu avais imaginé en écriture. Quand tu n’as juste qu’une atmosphère en tête que tu dois traduire en images, il faut vraiment que tu trouves des choses qui soient très claires, explicites. Peut-être que certaines personnes ne voudront pas du tout aller vers cette forme parce que ça les frustre et parce que ça ne les intéresse pas de voir des vidéos, mais moi je trouve qu’au contraire ça repousse encore plus loin ce qu’on peut imaginer.
Mais au delà de ta question je trouve ça assez important de produire ce genre de choses. Ca va avoir l’air hyper réac ce que je vais dire mais dans un monde où on est envahi d’images et où les gens ne lisent plus autant je trouve ça bien de proposer quelque chose qui soit plus accessible et plus raccord avec notre utilisation d’internet et du livre.

Cinémapolis: c’est vrai que j’ai eu l’impression qu’il y avait une volonté de réconcilier 2 publics.
Justine   : oui. On aimerait attirer des gens qui ne vont pas forcément aller acheter un livre mais qui vont se dire que c’est un texte court, en accès libre sur internet, et qu’il y a de la vidéo. C’est à la fois éveiller leur curiosité et en même temps produire un objet assez dynamique qui, peut être, semblera moins rébarbatif que juste un livre. Après je ne sais pas du tout si ça va fonctionner. Mais c’est aussi en partie pour ça qu’on publie en mode feuilleton. Pour garder un dynamisme.

Cinémapolis : oui, ça se passera comment alors ?
Justine : ce sera publié 2 chapitres par 2 chapitres, et le dernier tout seul. Ce sera chaque vendredi de septembre. Le tout dernier sera publié le jour de notre soirée de lancement.

Cinémapolis: qu’est-ce que tu attends finalement du lancement ?
Justine   : l’idée c’est de rassembler le plus de monde évidemment et de faire connaître ce genre de démarche. Ce qui est très ennuyeux, surtout en France, c’est que très vite on te met dans une case : soit tu écris, soit tu réalises, soit tu fais de la musique. Je sais que c’est une tarte à la crème de le répéter mais franchement c’est vrai.
Camille   : Oui. On cherche à aller au-delà de ça, on essaie de montrer qu’on peut faire des choses hybrides qui ne soient pas un mélange moins bien des deux mais juste un nouveau produit, un nouveau projet et une nouvelle expérience.
Justine  : tu peux juste être « créateur » et ne pas être figé dans une discipline. Réussir à passer ce message, c’est déjà bien.

Cinémapolis: maintenant que tu as fait un foliomatic, est-ce que tu comptes en faire un autre, et est-ce que tu aimerais que quelqu’un d’autre que fasse un foliomatic ?
Justine   : que quelqu’un d’autre que moi, carrément.

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