Kumbh Mela, Sur les rives du fleuve sacré

La Kumbh Mela est le plus grand pèlerinage au monde, qui réunit en Inde tous les 12 ans plus de 100 millions d’hindous venus se baigner dans les eaux sacrées du Gange. Pan Nalin y a posé sa caméra et relate différents destins tous liés par la même foi : un jeune vagabond, un Sâdhu (sage indien), une mère désespérée à la recherche de son garçon diparu, un vieillard qui élève seul un bébé abandonné, ou encore un ascète fumant du cannabis comme il respire. Des hommes et femmes hors du commun, tous confrontés à un dilemme inextricable : vivre dans ce monde ou s’exiler.

70 millions de personnes, 55 jours, 3 rivières, 1 foi : c’est sur les rives du Gange que le réalisateur Pan Nalin a posé sa caméra pour filmer la Kumbh Mela.  » La force de ce rassemblement, c’est le peuple « , explique-t-il. Les images du documentaire ont été tournées lors de la Kumbh Mela de 2013, qui avait la particularité de correspondre à un alignement de planètes qui n’intervient que tous les 144 ans. Ce qui est très impressionnant : une marée humaine déferle au bord du fleuve pour célébrer les mêmes divinités (Shiva, Hanuman et consorts).

Mais tout l’intérêt du film réside dans le parti pris du réalisateur : plus que suivre l’ensemble des pèlerins et comprendre la raison de leur présence, Pan Nalin s’intéresse à six destins en particulier .  » Quand je suis arrivé au Kumbh, je me suis dit que si je ne trouvais pas de personnalités intrigantes, j’abandonnerais l’idée de faire un film car la production cinématographique est déjà nombreuse sur cet événement.  » C’est ainsi que pour le documentaire Kumbh Mela, Sur les rives du fleuve sacré , il met en avant six personnages, qui semble tournent tous autour de la figure de l’enfance. Mention spéciale pour Kishan Tewari, ce Gavroche des temps modernes, qui hésite entre devenir Sâdhu ou mafieux.

Par une réalisation simple et sans artifices, Pan Nalin nous entraîne avec lui sur place, en insistant particulièrement sur la puissance des regards des protagonistes . « Je n’aime pas faire de différence entre fiction et documentaire : pour moi, il n’y a que des films » , confie Pan Nalin. Et c’est vrai que ce documentaire paraît parfois presque irréel tant la vie des protagonistes suivie est exceptionnelle.

Ce documentaire a également l’intérêt de s’immiscer dans un monde et une culture totalement différents de la notre. Au cœur d’une marée humaine ivre d’allégresse et de bruit, où les femmes en saris côtoient des Sâdhus nus et couverts de cendre, Pan Nalin s’attache aux pas de personnages dont la vie semble tirée de contes sur l’Inde éternelle, où le karma continue de régner en maître malgré la modernité. « Le renoncement est plus important que l’épanouissement personnel », confie l’un des protagonistes.

Le réalisateur aime à utiliser des plans moyens , comme autant de photographies du pays. On sent d’ailleurs dans sa réalisation une inspiration pour la macrophotographie étonnante de Natasha De Betak. Les larmes et les allusions aux viols, la fuite d’une vie misérable et sans avenir, la cruauté de l’existence quand on n’est pas né avec une cuillère en or dans la bouche : Pan Nalin filme aussi l’envers d’une Inde chatoyante et spirituelle.

Pétales de chrysanthèmes et de roses dans un bateau en papier flottant sur le fleuve, éléphant apprêté pour la fête et barrissant dans la nuit, chars illuminés avançant vers le Gange avec à sa proue des divinités bariolées et presque menaçantes, le spectacle est permanent, éblouissant, enivrant . Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce film de toute beauté a été sélectionné l’an dernier au festival de Toronto et cette année à l’Indian Film Festival de Los Angeles et au festival du film de Sydney.

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