Ablations

Un homme se réveille dans un terrain vague, sans aucun souvenir de la veille, une cicatrice au bas du dos. Une ancienne maîtresse, chirurgienne, lui apprend qu’on lui a volé un rein. Obnubilé par ce vol, il va tout sacrifier pour le retrouver : sa famille, son travail… jusqu’à sombrer dans la folie. Le scénario d’Ablations est tentant. Mais en confiant la réalisation au tout jeune Arnold de Pascau, le scénariste Benoît Délépine a fait le mauvais choix. En voulant caser tous les effets que l’on s’attend à trouver dans un thriller psychologique, le film ne parvient pas à emballer le spectateur. Malgré un retournement final de toute beauté…

Le scénario est on ne peut plus réussi. Benoît Délépine explique qu’après une soirée alcoolisée il y a deux ans et demi, il a frappé chez un ami, persuadé qu’on lui avait volé un rein. « Les méfaits de l’alcool », ironise-t-il… Mais qui ont aussi du bon puisque cela lui a donné l’idée du scénario d’ Ablations . Cette descente aux enfers bardée d’humour sombre et de personnages fous correspond totalement à l’inventivité du scénariste grolandais, habitué des comédies déjantées avec son acolyte Gustave de Kervern.

A la recherche de nouveaux talents, il googlise en 2012 « jeune réalisateur fan de Lynch » et tombe sur Arnold de Pascau. Ce dernier, âgé d’à peine 23 ans à l’époque, a été choisi par David Lynch en personne pour réaliser son clip Good Day Today . Malheureusement, si ce jeune talent tout juste sorti de son école de cinéma a séduit avec ce clip inventif et énigmatique, il n’était pas encore prêt pour passer à la réalisation d’un long-métrage. Ou en tout cas pas un film aussi complexe qu’ Ablations .

Le scénario oscille entre thriller, drame conjugale et satire sociale. Le jeune réalisateur explique s’attacher beaucoup à « l’aspect symbolique des œuvres », et c’est tout à fait perceptible dans Ablations . Pour appuyer sur le côté thriller du film, il a eu recours à tous les symboles, les aspects visuels courants dans le genre, quitte à en faire trop. Omniprésence des miroirs pour montrer la folie dans laquelle est en train de sombrer le personnage principal, plan typique du héros qui boit cul sec une bouteille en plastique d’eau car les sueurs froides rendent sa gorge pâteuse, abus d’une musique pseudo-oppressante, … Arnold de Pascau a utilisé trop d’effets, ce qui finalement fait le contraire de ce qu’il recherchait. La scène avec Virginie Ledoyen qui se réfère à celle célèbre de la chambre d’hôtel dans Vertigo d’Hitchcock souligne bien la volonté du réalisateur de se poser dans les traces du maître du genre, mais sa réalisation reste encore trop scolaire.

Même dans sa direction d’acteurs il semble ne pas avoir pris assez confiance en lui. Pourtant, le casting est alléchant : Denis Ménochet, Philippe Nahon ou encore Yolande Moreau sont trois acteurs qui savent tout donner pour un rôle et possèdent un côté décalé et mystique intéressant pour le scénario. Mais ils apparaissent perdus dans ce film, comme si Arnold de Pascau ne leur avait pas donné de direction précise. Le tournage du film n’a duré que 28 jours, et les acteurs ne semblent pas avoir eu le temps de prendre leur marque.

En écrivant son scénario, Benoît Délépine pensait qu’il pouvait faire partie de la célèbre série Alfred Hitchcock présente . Dans sa réalisation, Arnold de Pascau prend pour référence ce maître du suspens, mais avec encore un manque de personnalisation. Cependant, comme son modèle, Arnold de Pascau a glissé un petit jeu dans le film : il vous met au défi de trouver le seul plan où le mot « rein » est écrit…

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