Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Pour son troisième long métrage, le réalisateur suédois Felix Herngren a choisi d’adapter le best-seller de son compatriote Jonas Jonasson, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (2010, 2011 en France). Succès sans précédent au box-office suédois, le film risque d’avoir plus de mal à conquérir le public français à cause de ses interprètes surgrimés qui manquent de conviction et d’une lenteur excessive. Pourtant, l’humour loufoque est bel et bien présent, et réserve quelques scènes d’anthologie.

Que les lecteurs du livre se rassurent : mis à part quelques scènes mises de côté – ce qui est inévitable dans toute adaptation – le film de Félix Herngren n’édulcore par les trouvailles loufoques et le joyeux goût pour le n’importe quoi du roman. Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire narre l’histoire d’Allan qui décide, le jour de ses 100 ans, de fausser compagnie aux pensionnaires de la maison de retraite où il a été placé à cause de sa passion problématique pour les explosifs. S’en suit une série d’aventures rocambolesques pour le centenaire, qui vole par mégarde une valise pleine de billets et se retrouve poursuivi par des petites frappes pas très fût-fût aux airs de Pieds-Nickelés. Dans ce périple, il rencontre un jeune homme qui, avide de connaissance, multiplie les diplômes sans travailler, une rousse qui a pour animal de compagnie un éléphant, et d’autres compagnons de route tout aussi délurés.

Comme le roman, le film joue sur l’alternance entre un présent en forme de course-poursuite et un passé où l’on voit Allan, orphelin benêt mais artificier hors-pair, croiser les grands de ce monde et influer sur le cours de l’histoire du XXe siècle. Cette mise en perspective d’un passé hautement mouvementé, qui voit par exemple Allan danser et collaborer avec Staline avant d’atterrir au goulag d’où il s’enfuira avec le frère jumeau d’Einstein, avec un présent tenu par des enjeux plus intimistes n’est pas sans rappeler le parcours de Forrest Gump. A sa devise « La vie, c’est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber », notre vieillard en a une sur la même lignée : «Les choses sont ce qu’elles sont, et ce qui sera sera » . Cependant, la réalisation du cinéaste suédois manque de finesse : il saute sans transition d’une intrigue dont l’enjeu historique est majeur à l’histoire anecdotique de deux vieillards philosophant sur le sens de la vie.

Paradoxalement, cette aventure aux multiples rebondissements manque cruellement de rythme. Son schéma narratif, basé sur une répétition incessante de scènes construites de la même manière, lasse très vite. Le spectateur a du mal à s’émouvoir du destin d’Allan tant le réalisateur a choisi un parti-pris de traitement presque clinique de son héros. Robert Gustafsson, comique renommé en Suède, joue le rôle d’Allan à tous les âges de sa vie d’homme, se grimant à outrance lorsqu’il devient centenaire. Cette figure côtoie des décors pâteux, grossièrement numérisés, qui renforcent un détachement étonnant pour ce genre d’histoire qui se voudrait divertissante.

Et c’est en effet un autre des travers dans lequel est tombé le film : le réalisateur semble vouloir embrasser tous les genres, de la fresque à la comédie romantique en passant par le thriller, sans faire de choix. En résulte une accumulation de gags qui peine à tenir sur la longueur. D’autant que le film, qui dure presque deux heures, est d’une lenteur caractéristique de l’écriture nordique.

Il fallait un certain courage, ou une certaine folie, pour adapter à l’écran le roman loufoque Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire . Malgré des situations cocasses, l’interprétation et le rythme de ce Forest Gump ridé, accro à la dynamite et à l’aquavit, n’aura en France probablement pas le même succès en salle que celui qu’il a pu avoir en librairie.

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