Interview de Cédric Hachard

Le Jour de la Comète  est un film entièrement financé et produit par un indépendant, Forge, dont c’est le 1er long-métrage.

L’action se situe en 1986 lors du dernier passage de la comète de Halley ; 3 personnes vont faire un vœu qui va se réaliser d’une manière inattendue. Chaque vœu fait l’objet d’une histoire à part, mise en scène par un réalisateur différent. Il y a Barney  ( Hervé Freiburger )  La Promise du Seigneur  ( Sébastien Milhou ) et Les Puceauphages d’Outre-Espace  ( Cédric Hachard ).
C’est une action comedy  française qui cherche à renouer avec l’esprit de films comme Retour Vers le Futur ,  Gremlins ou encore SOS Fantômes .

Cédric, cofondateur de Forge et coréalisateur du film revient sur la genèse et le développement de ce film produit hors du système de financement « classique.»

C: Comment est venue l’idée ?
C.H : C’était en 2005, on avait tous les 3 réalisé des courts et on voulait faire un film ensemble, sans exactement savoir quoi. L’idée de l’anthologie est venue rapidement. On a d’abord écrit séparément, puis on s’est retrouvés pour uniformiser le tout – par exemple pour qu’il y ait la même unité de temps ( 2 jours chacun ) et enfin on a eu l’idée de la comète.

C: Pourquoi les années 80 ?
C.H : Les années 80, c’est venu tout seul, c’était unanime. On a le même âge, en 86 on avait tous 7-8 ans ; les Spielberg, Zemeckis, Joe Dante c’est le dénominateur commun entre nous 3. Faire un film sur cette période c’était notre madeleine de Proust en quelque sorte. Et puis une comédie c’est un truc qu’on voulait absolument faire : la comédie fantastique, ça a disparu pour moi. Ca n’existe plus. Bon tu as les films d’Edgar Wright mais c’est à peu près tout. On voulait faire du cinéma de genre sans pour autant faire du gore, qui était très en vogue quand on a développé notre histoire.

C : Vous vous êtes pas dit que faire un long-métrage composé de 3 courts, c’était un peu étrange ?
C.H : Non y avait un côté exercice de style qui me plaisait bien. Ca me faisait délirer ce format à 3 histoires.
Enfin à la base, c’était un petit truc qu’on devait tourner en 3 semaines, et ça devait être diffusé en DVD. On en aurait vendus 5000, on aurait tourné en DV avec 2 cams, des potes, et on se serait fait une petite marge juste de quoi se payer un flan aux noix de cocos, quoi. C’était ça l’idée de départ.

C : Tu ne t’es pas dit que ce serait invendable ?
C.H : Non je me suis pas dit ça. A l’époque je bossais beaucoup en DVD, avec des mecs capables de mettre n’importe quoi en vente du moment que c’est à peu près soigné. Ce que j’avais pas prévu c’est que ça allait enfler, parce qu’on est incapable de faire simplement les choses chez Forge. Et en enflant, là, effectivement, ça perd de sa logique commerciale.

C : Et ça a mis combien de temps à être tourné ?
C.H : On l’a écrit en 2006. On a vite pris conscience que les histoires n’allaient pas être simples à tourner. On voulait faire du Dtv ( direct-to-video ), de la télé, on se disait que ça ferait un bon téléfilm, on était modestes dans nos ambitions. J’ai donc pensé à démarcher des groupes audiovisuels. Quand je parlais du film à des producteurs, on me répondait que c’était bien mais qu’on y arriverait pas. Piqué dans mon orgueil, je me suis dit qu’on allait faire une bande-démo : l’idée c’était de tourner 2-3 jours pour montrer nos capacités et prouver que c’était faisable pour pas beaucoup d’argent. Et puis c’est l’effet boule de neige : je me suis dit si on tourne une séquence à Haguenau – ville d’Alsace qui a accueilli une partie du tournage, ndlr – autant toutes les tourner. C’est comme ça qu’on est passé de 3 jours de tournage à 3 semaines. Mais c’était pas cher : ce qu’on a fait en 2007, on l’a fait pour 35000 euros.

C : Ca a coûté combien ?
C.H : 150 000 environ. Sur 7 ans. L’essentiel a été dépensé en 2009.

C : Donc en 2007 tu as tourné une partie du film …
C.H : Un tiers oui. 3 semaines de tournage. On s’était dépêchés pour l’avoir pour le MIPCOM 2007 ( marché international des contenus audiovisuels ). J’ai sorti la bande-annonce la veille ! On l’a confié à une boîte qui nous a représentés quelque temps. Elle nous a décroché essentiellement des rdv télé : à chaque fois pour faire une série. A la limite, ça nous faisait marrer ; on a écrit 26 pitchs. On a rencontré plusieurs grands groupes audiovisuels. Chaque fois ils nous disaient que c’était super, mais, au lieu de s’y intéresser vraiment, ils nous proposaient de développer des trucs à eux. En fait ils voulaient nous optionner pour nous mettre dans un placard. Et on a perdu comme ça 6 mois, un an.
A l’été 2008, suite à ces échecs, le film était en sommeil. C’est là que Guillaume Lubrano, qui allait devenir le distributeur du film mais qui ne l’était pas encore, m’a suggéré de le finir. Il m’a expliqué qu’on était dans la pire situation parce que les gens veulent avoir la main mise sur le scénario, et que là on avait un film déjà entamé ; il m’a dit que ça ne servait à rien d’essayer de vouloir faire financer le reste, et m’a conseillé de le terminer moi-même.
On a eu quelques bons contrats à ce moment avec Forge, alors on s’est dit que tout l’argent qu’on rentrerait désormais on le mettrait pour la reprise du tournage.

C : Donc là tu décides de finir le film pour de bon.
C.H : Oui. Et ça devient beaucoup plus dur à partir de ce moment. La 1ère partie, c’était un peu ambiance colonies de vacances : si on arrivait pas à terminer une séquence, c’était pas grave ; en 2009 c’est l’inverse : si on avait du mal sur une séquence il fallait accélérer justement parce qu’on devait boucler le film. C’était beaucoup plus stressant. On a tourné 5 semaines pour finir le film.
Quand on a fini l’anthologie, on s’est dit qu’il fallait un liant. Sinon ça allait juste être une juxtaposition de courts-métrages. C’est là que j’ai écrit à Patrick Poivey ( comédien connu pour être la voix française de Bruce Willis, ndlr ) ; on s’est imaginés quelque chose dans la radio.

C : Mais tu avais fait d’autres expériences de montage avant de contacter Patrick Poivey ?
C.H : Oui, mais c’était mauvais. On n’arrivait pas à trouver le bon truc. Par exemple il y a un panneau qui se peint au fur et à mesure des épisodes mais c’était trop du détail. Il nous fallait quelque chose de plus solide. L’enchaînement des histoires était trop brut. C’était des univers trop différents.  On avait tenté aussi un montage parallèle mais c’était vraiment pas bon, on comprenait rien. Tu confondais les personnages. Donc on a eu l’idée de la radio ; on avait pensé à un vidéoclub aussi, on voulait quelque chose de très années 80.

C : Et comment s’est passée la post-prod ?
C.H : C’a été le pire. On est des gens de tournage chez Forge ; jusqu’en 2009 nos plus gros effets spéciaux c’était des caches/contre-caches ; on vient du monde de la pellicule et on avait quasiment jamais travaillé en numérique. C’était une catastrophe parce que j’avais tout sous-estimé. Y avait plein d’effets : de la 3d, des particules… On s’est aperçus qu’on en aurait pour 10 ans. Je suis parti à Cannes en 2011 avec l’espoir de trouver des partenaires. Je me suis fait aider par Julien Mokrani que j’ai rencontré à ce moment ; il m’a montré son film Welcome to Hoxford  ; ça durait 15 min mais il y avait plus de CGI que dans tout notre film. C’est lui qui m’a mis en contact avec Circus, puis Meconopsis et Forêt Bleue qui se sont rajoutés en co-prod.

C : Ca a pris combien de temps la post-prod ?
C.H : 3 ans. Mais ça s’est vraiment lancé en juin 2011. En octobre 2012, quand je suis parti à l’AFM ( American Film Market ) le film était quasi terminé.

C : Donc là t’en es où ?
C.H : Là il a été confié à Shoreline Entertainment. Il a été vendu en Corée, au Canada et en Chine pour l’instant. Pour la France, j’ai vu plein de distributeurs qui ont trouvé ça très drôle, très sympa, mais je n’ai eu aucune proposition tout simplement parce que je n’ai pas l’agrément de production. On a un visa, on vient de l’avoir. Tout public avec avertissement. Le visa te donne l’autorisation de sortir en salles mais l’agrément de production tu peux l’avoir que si tu as payé 2/3 du smic des gens. Il valide tes financements. Il faut savoir que si tu n’as pas l’agrément de production tu ne peux prétendre à aucune des aides du CNC. Les distributeurs, eux, ça les aurait fait marrer de sortir le JDC ; je pense que niveau marketing d’ailleurs on était bons, on avait un potentiel, on avait une affiche, une bande-annonce et puis, arrivés au point où on en est, on est infatigables. Mais comme ils ont pas l’agrément, ils peuvent pas avoir leur aide en distribution, et une aide en distribution, ça peut être très important. Ce qui fait que quand un distributeur indépendant sort un petit film, il en a rien à faire que ça fasse 500 ou 50 entrées, ça lui sert juste à toucher ses aides. Avec nous ils vont faire quoi ? Ils vont sortir un truc où ils prennent le risque de toucher 0€ ? Donc il y a aucune prise de risque.

C : Et du coup ça sortira en salles ou pas alors ?
C.H : Pour l’instant on ne sait pas. We Prod fait la distribution ; on sait qu’au moins on le sortira en télé et en DVD. Tout dépend de si on négocie une exclu avec une chaîne.

C : Qu’est-ce que tu attends de ce film aujourd’hui et qu’est-ce que tu en attendais alors ?
C.H : Que les gens apprécient notre univers. Qu’il y ait un bon bouche-à-oreille. Qu’on reconnaisse notre travail, notre investissement, comme n’importe quel réa finalement. Tu sais on est dans une période où tout le monde prend son 5D, 4 acteurs, et va filmer un long-métrage au bois de Vincennes en 1 après-midi. On est perdus parmi tous ces mecs-là – sans être condescendant – c’est vachement dur pour nous. On a essayé de donner de la valeur de production ; je pense qu’on y est parvenus. Après qu’est-ce qu’on attend ? En tant que réalisateur, je te dirai que c’est une carte de visite avant tout. Pareil pour les comédiens, pour les techniciens finalement. Ca nous permet de montrer notre savoir-faire.

C : C’est quoi pour toi un bon film ?
C.H : Des personnages avant tout. Des histoires avec une vraie évolution, où on éprouve de l’empathie. Mais pas la pure satisfaction référentielle genre « c’est cool, tu vois ce raccord y a le même dans un giallo de Dario Argento alors c’est vachement pertinent », ça, ça ne m’intéresse pas. Je me moque complètement de mettre une DeLorean dans le champ juste pour le clin d’oeil. On se situe en 86 parce que c’est une période qu’on aime mais ce qui compte vraiment c’est les personnages. Si tes personnages sont faibles c’est foutu. Il faut que les intentions, les enjeux soient clairs. Je comprends qu’on adhère pas mais, par contre, quelqu’un qui me dirait qu’il n’a pas compris, ça m’ennuierait.

C : Qu’est-ce que tu penses des films auto-financés ?
C.H : Je pense que c’est une connerie. C’est pas un modèle de production. C’est parce que les circuits de production ont refusé de prendre notre film qu’on l’a fait, mais c’est pas une façon de faire. Faut être capable d’écrire 12 hommes en colère sinon. Pour moi c’est une impasse l’autoproduction. Je reçois beaucoup de mails de mecs qui me disent que notre film c’est un modèle, honnêtement je casse leur rêve. Le JDC on le ferait pas 2 fois.

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