Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?

Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? est un film exutoire. Un film de réconciliation aussi. Tout son succès – on ne sait pas jusqu’où il va aller mais il est plus que très bien parti – est là.
L’humour raciste est réputé casse-gueule, c’est pourquoi il est, sans doute plus qu’on s’en rend compte, un des plus prisés des humoristes actuels. Y aller et en revenir indemne c’est le prestige absolu.

Ici on aura droit à tous les clichés possibles, à tel point qu’on se demande si Chauveron et son scénariste, Guy Laurent, ne se sont pas posés autour d’une table et n’ont pas essayé de tous les noter afin de les ressortir dans leur film. Comme un challenge.

En fait, le film est plus prudent qu’il n’y paraît. Les réflexions racistes ne traduisent jamais rien de plus que les préjugés des uns et des autres, et Philippe de Chauveron, à quelques très rares exceptions près, se garde bien de faire coïncider ses personnages avec leur stéréotype. Ils sont tout l’inverse même. On a un asiatique banquier, un juif loser, un arabe avocat, un noir comédien. Ils déjouent continuellement les représentations toutes faites. Les 2 exceptions sont les 2 pères, l’un notaire de province, bourgeois catho snobinard, plus prévisible que son ombre, l’autre ivoirien, qui vient en boubou et aspire sa salive entre les dents. Alors, on sourit mais les personnages sont trop préservés pour qu’on rit vraiment.

Si on repense aux passages les plus drôles du film, on verra que ce sont ceux où la caricature triomphe : Chao qui fait des yeux en amande au bonhomme de neige, Rachid qui, dans la même scène, hurle Allah Akbar, comme si le fait de se lâcher – il fait juste une bataille de boule de neiges – réveillait en lui des pulsions terroristes, etc… C’est quand les personnages épousent le plus parfaitement leurs clichés, quand ces clichés prennent des proportions si énormes qu’ils en deviennent absurdes, qu’on rit le plus. La prévisibilité est comique ; la complexité pas du tout. Bien sûr, ne faire que des caricatures c’est aussi s’exposer à plus de risques. Philippe de Chauveron a esquivé autant que possible ce terrain-là.

Rajoutons aussi que ces 4 gendres sont 4 faux mauvais gendres : certes ils ne sont pas blancs et catholiques, mais ils sont tous beaux et aisés. Autre manière encore de ne pas se confronter totalement à son sujet.

L’idée principale c’est que le racisme de chacun se dilue dans le racisme de tout le monde. Tous ex-aequo. Ce sont d’ailleurs les préjugés qui rapprochent : il y a un jeu de continuelle alliance ; on s’unit dans ses a priori.
Le racisme est abordé sous l’angle des préjugés, pas ( ou peu ) de l’intolérance. C’est que si le réel peut balayer les idées préconçues, l’intolérance, elle, est plus organique ; on s’en débarrasse plus difficilement.

Le film, derrière les apparences, est donc en réalité un peu timoré et bien moins audacieux qu’il n’y paraît. Mais on me répondra sans doute qu’on ne peut pas, en un seul film, tordre le cou de tous les préjugés à la fois.

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