Nic Pizzolatto à Séries Mania

Discussion conduite par Pierre Serisier (Le Monde des Séries)

Le dialogue entre Pierre Serisier et Nic Pizzolatto a été très théorique ; rien de bien surprenant pour une série qui doit beaucoup de son succès aux spéculations et aux hypothèses qu’elle a suscitées ; le public était là pour tout à la fois percer des zones d’ombre et épaissir le mystère.

Le parcours de Pizzolatto titille les scénaristes en herbe. Voilà quelqu’un qui n’était pas de la télévision (il avait malgré tout déjà écrit 2 épisodes pour la version US de The Killing ) signer avec HBO, pour une nouvelle série. Et HBO, c’est le graal. Comment a-t-il fait ? On aimerait entendre le mythe jusqu’au bout : il frappe à la porte, présente son idée, et les décisionnaires l’empoignent chaleureusement des 2 mains. En fait, suite à la publication de son 1er roman ( Galveston en2010) il a été sollicité par la télévision. Et avec Mc Conaughey et Harrelson associés à son projet, il répondra qu’il aurait fallu très mal pitcher pour ne pas convaincre la chaîne.

Concernant ses influences, il citera pour la télé, pêle-mêle, The Wire (forcément) DeadWood , les Sopranos  ; pour la littérature, Dashiell Hammet (forcément aussi) The Red Harvest est pour lui le plus meilleur polar jamais écrit. Impossible de ne pas citer non plus Robert W Chambers à qui il a emprunté Le Roi Jaune et Carcosa – ainsi que quelques expressions comme « black stars », etc… –

Une chose frappe. La similitude de pensée entre Rust Cohle, le personnage interprété par Mc Conaughey et Pizzolatto. L’un divague, sous l’influence perpétuelle de psychotropes, l’autre est raisonnable – enfin qu’en sais-je… – il n’empêche : il semble que Pizzolatto ait une inclinaison, lui aussi, vers la « psychosphère ». Il nous parle de cosmologie quantique, tout est normal.

Pour Cohle toute existence est une illusion et toute croyance une justification pour nos mauvais penchants. « Un acompte ?» dit Cohle à Marty qui vient de donner de l’argent à une prostituée mineure pour l’encourager à sortir de sa misère. Marty se choque. « faut-il que tu dégrades chaque geste de décence ? » 2 épisodes plus tard il a une liaison avec la fille. Sous couvert de moralité, Marty a-t-il bien payé un acompte ? Et ainsi de suite. Le Roi Jaune , lui, refuse de transformer ses désirs en vices au prétexte de quelques mensonges. « Je n’éprouve aucune honte » dit-il. Il ne met aucune digue à ses fantasmes ; il est l’horreur véritable. Il y a ceux qui s’illusionnent et les monstres ? Pessimisme glaçant.

C’est le fil rouge de la série, son ossature. 2 flics qui, à mesure qu’ils avancent dans leur enquête, dépouillent le réel de ses atours et se confrontent à l’épouvante. On ne va pas déborder la fiction. L’idée que tout est faux, que seule l’horreur est vraie – ou plutôt que la Vérité Nue est impossible à regarder – est, finalement, assez classique aussi, au cinéma et dans la littérature. Pizzolatto avec True Detective en livre une nouvelle variante. En 8 épisodes il réinterprète le polar hard-boiled avec inspiration et donne une des séries les plus enthousiasmantes du moment.

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