Séries Mania – J1

C’est quoi une fin de série ?
C’est d’abord sur cette question que s’est ouverte, fort logiquement, la discussion. Ce qui, finalement, revient à se poser la question de savoir si, comme dans un film, une série à son lancement est entièrement scénarisée : même si les développements ne sont pas encore écrits, les auteurs savent-ils comment elle finira et on combien de saisons elle durera ? Les intervenants, à l’unanimité s’y sont entendus : c’est non. Thomas Destouches parlera d’un « mythe ».
De fait une série est un work in progress constant, tributaire des audiences.
Tout ça ne veut pas dire que la fin d’une série se programme avec le déclin de l’audience. Au contraire, aujourd’hui, finir son série sur une apothéose, c’est-à-dire faire du dernier épisode un pic d’audience est essentiel. Pourquoi ? Parce que les diffuseurs veulent toujours du nouveau rappelait Nicole Collet, et ont besoin de « faire événement ». S’arrêter au sommet et annoncer un nouvel Everest. Enfin c’est là la politique d’une chaîne comme Canal+, encore selon Nicole Collet, soucieuse de la couverture médiatique faite à ses programmes, du buzz qu’elles engendrent, quand TF1, à l’inverse, reste avant tout fidèle à la politique de l’audimat.
Fini donc l’ère bienheureuse des soaps qui se prolongeaient – et se prolongent encore – aussi longtemps que quelques irréductibles restaient accrochés à leur poste.

Une fin de série est destinée à qui ?
C’est cette question, un peu curieuse en apparence, qui a levée les interrogations les plus intéressantes. Elle suppose qu’à un certain moment les auteurs puissent devenir redevables des spectateurs. C’est ce qui fera protester Caroline Veunac contre la décision de CBS de tourner une nouvelle fin à How I Met Your Mother . Car le sentiment d’être lésé est propre aux séries. On peut trouver que la fin d’un film est un nul, jamais on estime avoir été « escroqué » ou « trahi ». C’est pourtant bien ce qui se passe vis à vis d’une série. Damon Lindelof, « l’homme le plus haï d’internet » comme l’a qualifié François Descraques, en sait quelque chose : on lui reproche d’avoir pourri Lost – d’ailleurs pour en revenir avec ce qui se disait au début du débat, c’est quand est devenu évident qu’il ne savait pas où il allait qu’il a déçu ses fans, qui ont donc bien besoin du mythe du créateur qui sait, à l’avance, tous les développements de sa série – on lui reproche d’avoir pourri Promotheus , qui, à défaut d’être une série télé n’en est pas moins un épisode de série. Ses personnages finissent par lui échapper, seul lui reste la responsabilité de les mener là où ils doivent aller, ou là on croit qu’ils doivent aller. Après quelques saisons il y a une telle spéculation sur les rebondissements à venir que les spectateurs se sentent comme une équipe fidèle en droit d’attendre certains résultats. Les gens s’approprient si bien les codes, s’imprègnent tellement des univers, qu’ils deviennent juges des scénaristes qui ne sont plus que des maîtres d’oeuvre au service de quelque chose qui les dépasse. Dans Misery , Kathy Bates brise les pieds de James Caan de ne pas savoir créer une suite « cohérente » aux aventures de son héroïne. La lectrice est plus avertie que le créateur. Au Trivial Pursuit Star Wars George Lucas ferait sans doute le plus prestigieux partenaire mais ce ne serait pas nécessairement le meilleur.
Cela étant, l’appropriation de la série par les fans, précède largement sa fin: François Descraques rappelait que sa série Le Visiteur Du Futur s’est développée en symbiose des réactions du public. Il parle de création « organique ».
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Finir sa série au cinéma ?
Peu d’enthousiasme pour qualifier la transition du petit au grand écran. C’est que là encore ce sont des circonstances, et pas forcément les meilleures, qui sont à l’origine du processus. Il existe 2 schémas : soit l’épisode de luxe, et c’est la déception assurée ; c’est le cas de Sex And The City ou encore du film Les Simpsons  ; soit, et c’est ce qu’il y a de plus fréquent, le film vient achever la série, ou, dans une certaine mesure, la compléter. Ainsi d’ X-Files  ; ainsi de Firefly qui, plutôt que se poursuivre sur une 2nde saison s’est close sur un film, Serenity . Ce sont néanmoins les mauvais scores d’audience qui ont engendré cette situation. Les 2 séries créées par David Lynch, Twin Peaks et Mulholand Drive auront un destin similaire. C’est la réputation de cinéaste de Lynch, associée avec un brin de snobisme, qui ont transformé ces 2 programmes en film. Il n’y a donc pas encore de séries qui se sont achevées avec éclat au cinéma.
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Et qu’est-ce qu’une bonne fin de série ?
Résoudre l’intrigue ou mettre un terme au parcours des personnages ? Vaste question. True Detective , par exemple, sur ce point, divise. Les fins ouvertes déçoivent les uns, contentent les autres. Il est impossible, quoiqu’il en soit de susciter l’unanimité, même si quelques fin de séries comme Breaking Bad ou The Shield emportent de très forts suffrages. Comme la fin n’est jamais programmée à l’avance, qu’elle n’est jamais sue même, sans doute est-elle toujours un peu brusque. Ca pourrait continuer mais il faut terminer. Nicole Collet défend, quant à elle, l’idée que chaque saison doit avoir sa résolution qui lui est propre, et que chaque nouvelle saison doit être un nouveau départ avec de nouvelles perspectives.
Quoiqu’il en soit tout créateur sait qu’il se prépare à un déluge de commentaires et d’appréciations en tous genres quand il met un terme à son histoire.

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