La Reine des Neiges en DVD

C’est officiel : La Reine des Neiges  (  Frozen en version originale) vient de dépasser Toy Story 3  et est désormais le dessin animé le plus rentable de l’histoire. 1 milliard 72 millions de dollars de recettes, rien que ça ! Un record qui vient s’ajouter aux deux Oscars reçus en novembre dernier, pour récompenser la chanson Let it go et le film dans son ensemble.  La Reine des Neiges qui vient juste de sortir en DVD skie donc en plein succès.
En compagnie d’Anaïs Delva, voix française d’Elsa, retour sur les causes de ce triomphe : une B.O. et une histoire qui renouent avec la magie des premiers Disney.

Disney refait du Disney. Et ça marche !
L’intrigue du conte traditionnel de La Reine des Neiges est inspiré très librement de l’œuvre du même nom écrite par Andersen. Il a tout pour plaire : Anna, une jeune princesse idéaliste et naïve, part à la recherche de sa sœur Elsa, qui a été contrainte de fuir son royaume d’Arendelle à cause de ses extraordinaires pouvoirs qu’elle ne peut maîtriser. En chemin, elle rencontre des personnages qui l’aident dans sa quête : le blond bourru Kristoff, un renne intelligent et malicieux, ainsi qu’Olaf, un bonhomme de neige parlant qui ne rêve que de connaître l’été.

Mais ne vous fiez pas aux apparences : ce Disney révolutionne le studio aux grandes oreilles.
Ces dernières années, le géant du dessin animé peinait à imposer ses films face à DreamWorks. Ce qui avait fait son succès – la bande son, l’histoire d’amour, la magie du happy end – avait disparu. Le public préférait l’originalité et l’humour de son concurrent, deux domaines où Disney n’arrivait pas à se développer. Depuis 2006 et le rachat de Pixar par Disney, les choses évoluent grâce à John Lasseter. Son coup de maître : concilier l’esprit des vieux Disney et les attentes du public moderne.

Disney introduit des personnages plus riches et plus construits.
Anaïs Delva, connue pour ses rôles dans de nombreuses comédies musicales comme Dracula, Salut les copains ou Robin des bois , double le personnage de la reine. « A la base, je devais doubler Anna puis on m’a changé au dernier moment. C’était super car Elsa est d’après moi d’un des personnages féminins de Disney les plus complexes. »

Elsa tranche avec le modèle de la princesse narcissique. Ce n’est pas au monde de s’adapter à elle : elle choisit de s’isoler volontairement. Et, pour préserver sa soeur de ses pouvoirs destructeurs, la repousse. L’amour qui transparaît du film est plus beau que la simple love story avec le prince charmant de service : c’est un amour plus général, un amour inconditionnel que se portent deux sœurs mais aussi que la reine porte à son royaume.

« Le message du film , confie Anaïs Delva, c’est que pour se connaître et avancer, on a besoin des autres. C’est en partageant qu’on trouve le bon chemin » . Même si ce chemin peut-être long et périlleux. Non, l’amour et la confiance ne se créent pas après 3min30 de chansons, la jeune Elsa l’apprendra à ses dépens.

Cette modernité du personnage féminin est peut-être due à l’apport de la co-réalisatrice Jennifer Lee. Aussi étonnant que cela puisse paraître, dans toute l’histoire de l’industrie Disney, aucun dessin animé n’avait été confié à une femme ! Etant nouvelle dans le monde de l’animation, elle a cependant laissé cette partie du travail à son co-réalisateur Chris Buck, tandis qu’elle s’est concentrée sur le développement de l’histoire.

La femme : de la soumission à l’émancipation.
Blanche-Neige, Aurore, Cendrillon ont forgé l’image de la princesse Disney. Elles sont à la fois le prestige du studio, incarnant la figure éternelle de la princesse de conte de fées, autant que sa malédiction. On n’a rien de plus reproché à Disney que ces fillettes fragiles, passives, qui attendent d’être secourues. Elles sont devenues un modèle encombrant. En 1989, après des années de disette, La Petite Sirène ressuscite le studio : Ariel renouvelle l’image de la princesse. Plus indépendante, moins passive. Belle et Jasmine prendront le pas. Jusqu’à ce que Shrek , produit par DreamWorks, porte un nouveau coup dur au mythe des princesses en cherchant à être « l’anti princesse Disney ». Le studio aux grandes oreilles est à nouveau ringardisé. Il évince alors ses héroïnes et subit ses pires fiascos ( La Ferme se Rebelle en 2004 par exemple). En 2009, La Princesse et la Grenouille , et en 2010 Raiponce sauvent le studio d’animation du marasme. Des princesses de nouveau, mais des princesses ancrées dans l’ère moderne.

Une modernité qui va encore plus loin dans La Reine des Neiges avec une pointe de féminisme
L’histoire se focalise sur la relation des deux sœurs et laisse en arrière-plan la love story. Au point de rendre fou certains conservateurs chrétiens américains qui ont vu dans La Reine des Neiges l’apologie de l’homosexualité (cf le billet de Steven D. Greydanus dans National Catholic Register , intitulé A quel point La Reine des Neiges est un film gay ? ) Comme si une femme qui ne cherchait pas à tout bout de champ son prince charmant ne pouvait être que lesbienne…

L’autre grande réussite de La Reine des Neiges , c’est bien entendu la B.O.
Une musique entraînante qui commence dès les premières secondes et qui guide tout le film. La chanson Let it go a été primée aux Oscars, la version française intitulée Libérée, délivrée reste en tête à la manière d’ Hakuna Matata ou Il en faut peu pour être heureux . Anaïs Delva a pris un plaisir fou à la chanter : « c’est l’un de mes meilleurs moments dans le film. Tout comme le moment qui précède où Elsa, qui se retenait jusqu’à présent dans ses émotions, déborde enfin lorsqu’Anna la pousse à bout. J’ai pu enfin quitter le ton assez atone qu’elle peut avoir le reste du film. Ce personnage ne me ressemble pas du tout : dans la vraie vie, je suis assez fofolle, c’est pour ça que ce rôle a été d’autant plus formateur pour moi. Il a fallu que je travaille énormément sur les graves : il fallait être à la hauteur de la version originale, Idina Menzel, qui a une quarantaine d’années alors que moi j’en ai 28 ! »

Fini Blanche Neige qui chante toute la journée, fini Cendrillon qui court après un soulier, fini les jeunes filles qui ne pensent qu’à leur prince. Raiponce avait déjà ouvert la voie, mais La Reine des Neiges se place comme le plus progressiste des Disney. En attendant la suite d’ores et déjà prévue.

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