Nebraska d’Alexander Payne, en salles le 2 avril

Alexander Payne, réalisateur de Sideways et The Descendants, signe un road-movie émouvant et doux-amer sur la filiation. Avec Bruce Dern, prix d’interprétation masculine au dernier festival de Cannes, dans le rôle du vieux patriarche désabusé et d’excellents seconds-rôles pour jouer ses fils, Will Forte (du Saturday Night Live) et Bob Odenkirk (l’avocat véreux de Breaking Bad). Rendez-vous le 2 avril, sur les routes du Nebraska…

Déjà dans Monsieur Schmidt , Alexander Payne filmait les tentatives de réconciliation entre un vieillard et sa progéniture. Jack Nicholson campait un personnage bougon, désireux de se rapprocher de sa fille, sur le point de se marier. Avec Nebraska, changement de décor et de famille. On retrouve un père: Woody (Bruce Dern), prolo alcoolique qui manifeste les premiers signes d’Alzheimer, Kate, une mère despotique langue de vipère et deux fils, aux caractères complètement opposés. Autant David, doux et sensible, un peu loser sur les bords, aime son père, autant Ross, présentateur TV battant, le méprise. Alors, quand Woody, après une énième fugue, parle de se rendre dans le Nebraska pour toucher une mystérieuse cagnotte, Kate et Ross n’ont qu’une idée en tête: envoyer le vieux fou dans une maison de retraite.

C’en est trop pour David. Agacé qu’on lui reproche sans cesse de prendre le chemin de son raté de père, il décide de plaquer son boulot, ses amours et d’offrir à Woody une petite virée, histoire, pour tous les deux, de changer d’air. Le voyage qui se donne alors à voir est une réactualisation d’un passé que les deux hommes croyaient enterré. Après une série d’incidents, père et fils se retrouvent coincés dans leur ville natale, les retrouvailles avec la famille virant assez rapidement, à cause de l’appât du gain, au règlement de compte. On signalera la présence réjouissante de Stacy Keach (l’interprète du privé dans la série Mike Hammer ) dans le rôle d’un « super-méchant » pourri jusqu’à l’os qui n’hésite pas à révéler des secrets de famille pour semer la zizanie entre David et Woody.

Filmant l’échappée de Woody et David en noir et blanc, le réalisateur fait entrer en résonance leur solitude avec l’immensité des plaines du Nebraska, état agricole qui n’a rien à voir avec la Beauce ou d’autres campagnes européennes. Quiconque s’est aventuré sur les routes de l’Iowa ou d’autres états du Midwest a connu cet étrange sentiment d’être hors du monde. Payne rend bien compte de cette sensation: certes, il filme le grenier de l’Amérique mais tout semble figé, peuplé de vieux qui ressassent des souvenirs de jeunesse et de jeunes qui se comportent déjà comme de vieux gâteux.

Mais Nebraska est un film optimiste: en se confrontant au destin sordide de ses deux cousins délinquants obèses, David comprend que sa vie n’est pas si mal que ça. Quant à Ross, d’abord bien décidé à mettre à terme à la rumeur qui voudrait que Woody soit devenu millionnaire puis le ramener à la maison, il finit par se rendre compte qu’il tient tout de même à son père. Final optimiste ne veut pas dire bons sentiments mièvres. Grâce à une écriture subtile et un scenario sur le fil du rasoir où le comique risque à chaque instant de basculer dans le tragique, Payne maintient l’intérêt du spectateur jusqu’à la fin de la virée nostalgique.

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