Au bonheur des ogres

Nicolas Bary tente le pari risqué d’adapter   Au bonheur des ogres  , le célèbre classique écrit par Daniel Pennac. Le résulat ? Un film sans prétention, mais qui parviendra à plaire au plus grand nombre grâce à un jeu d’acteurs parfait et un univers coloré esthétiquement travaillé.

N’adapte pas Daniel Pennac qui veut ! Beaucoup de réalisateurs avait déjà envoyé des scénarios du cultissime Au bonheur des ogres à Daniel Pennac, mais l’auteur n’avait jamais été emballé. Jusqu’à sa rencontre avec Nicolas Bary, qui explique : « au début, Daniel Pennac ne voulait pas être adapté. Il était inquiet, mais il s’est vite rendu compte que l’adaptation respectait son univers. » Publié en 1985, Au bonheur des ogres raconte l’histoire de Benjamin Malaussène, anti-héros par excellence. Aîné responsable de ses nombreux demi-frères et soeurs, il est « bouc-émissaire » dans un grand magasin parisien. Dans sa vie parfaitement bordélique et pleine de rebondissements, il nage dans un certain bonheur. Jusqu’au jour où des attentats ont lieu dans son magasin : il est soupçonné d’être le poseur de bombes. Attirant les regards soupçonneux de la police et de ses collègues, il devient vital pour le héros de trouver pourquoi, comment, et surtout qui pourrait bien lui en vouloir. Il rencontre alors une journaliste intrépide qui l’aide à trouver des réponses…

Au bonheur de l’adaptation. Adapter un livre, surtout quand on connait le succès du livre de Daniel Pennac, c’est se lancer un grand défi. Nicolas Bary aime cet exercice puisque déjà son premier film, Les enfants de Timpelbach , était tiré de l’oeuvre d’Henri Winterfeld. Les puristes seront déçus par le film : oui, le réalisateur respecte l’univers de l’auteur, mais se permet beaucoup de liberté par rapport à l’histoire en tant que telle. Et ce dès le début : après une présentation succincte du personnage principal, le spectateur est plongé in media res dans la première explosion. Dans le livre, on prend plus le temps de nous décrire la vie quotidienne du héros, alors que dans le film cela ne vient qu’au fur et à mesure que l’action avance. De plus, le côté « romance » entre Benjamin Malaussène et la tante Julia est beaucoup plus prononcé sur le grand écran qu’à l’écrit, laissant presque au second plan l’affaire policière. Tous ces choix n’ont qu’une seule visée : simplifier l’intrigue, ouvrir l’histoire à un public plus large et amener plus de légèreté et de comique à l’histoire.

Au bonheur des comédiens. Avec un trait fin de caricature, une bonne dose d’humour et une direction d’acteur décalée, le réalisateur nous entraîne dans son univers. Grâce à des comédiens qui le suivent totalement dans ses prises de risque. Raphaël Personnaz s’impose de film en film comme un grand acteur. Son rôle fait visuellement référence à Charlie Chaplin : un côté mal fagoté, toujours à côté de ses pompes. C’est sur le tournage, lorsque la costumière a vu nonchalamment Raphaël Personnaz mettre les mains dans sa poche à la manière de Charlot, que ce tournant chaplinesque a été pris. Quant à Guillaume de Tonquédec, il excelle toujours dans son registre loufoque. Alors que Mélanie Bernier est pétillante dans son rôle déluré de demi-soeur enceinte. A noter également une apparition à la fin du film dans une scène comique à souhait d’Isabelle Huppert…

Au bonheur du visuel. Pour le réalisateur, les story-boards d’Eric Gandois étaient indispensables pour retranscrire l’univers graphique que lui et son équipe avaient imaginé pour cette adaptation compliquée. Les story-boards ont ainsi été utilisés pour l’intégralité du tournage, ce qui est rare pour un film français. Le rendu est une réussite, à la manière d’un Jean-Pierre Jeunet. Des couleurs pastels et criardes, des décors pleins de détails fantasques… Peut-être parfois un peu trop surchargés, mais qui restent en cohérence avec la ligne directrice qui semble être celle du film : simplifier l’histoire, en alléger les côtés anxiogènes (enlèvement d’enfant, série d’attentats, …) en attirant l’oeil vers autre chose.

Au bonheur ou au malheur des spectateurs ? Finalement, un film étonnant qui s’éloigne de la profondeur du livre de Daniel Pennac, mais qui reste sympathique à regarder en famille.

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