How I live Now (Maintenant c’est ma vie) de Kevin MacDonald

Il existe des instants au cinéma qui semblent touchés par la grâce… ils font alors oublier au spectateur les petites maladresses qui auraient pu ternir son souvenir. Le dernier film de Kevin MacDonald, réalisateur de Jeux de Pouvoirs et Le Dernier Roi d’Ecosse, en est truffé, justement, de ce type d’instants… How I Live Now est un curieux objet cinématographique. Bluette adolescente qui vire subitement au récit d’anticipation apocalyptique, le film montre la métamorphose d’une jeune femme troublée en combattante courageuse de la troisième guerre mondiale…

S’il ne fallait garder qu’un seul plan du film, ce serait certainement la pluie de cendres atomiques qui s’abat sur le groupe de jeunes réunis pour pic-niquer. Toute l’ambiguïté de How I Live Now y est résumée, l’horreur succède, avec une froideur quasi abstraite, à un moment de joie absolu. Les ténèbres, matérialisées par le ciel qui s’obscurcit, la température qui chute, envahissent un cadre baigné de lumière quelques instants plus tôt. Kevin Macdonald filme ses personnages avec une précision de chirurgien et une distance qui, dans d’autres cas, auraient accouché d’une esthétique glaçante vide de sens… Mais, la réalisation, très subtile, parvient paradoxalement à faire participer le spectateur à cette entreprise de démolition des repères à laquelle les personnages du film sont soumis. Ces cendres, prémisses d’une guerre monstrueuse, ressemblent étrangement à de la neige et les jeunes héros sont constamment montrés en train de vaciller du bonheur au désespoir le plus profond …

How I Live Now est d’abord un monde sans adultes… ou presque. Les figures paternelles et maternelles présentes dans le film sont peu reluisantes. L’héroïne du film, Daisy ( Saoirse Ronan ), une adolescente américaine qui a perdu sa mère, est envoyée en vacances chez ses cousins britanniques. Ils habitent une vaste demeure au pays de Galles. On le devine rapidement : la décision vient de papa, et ne la ravit pas vraiment. Le film prend le temps d’installer ses personnages principaux et joue sur les contrastes. Daisy est révoltée comme l’atteste son look gothique-rock. Elle est obsédée par les germes et n’a pas manifestement aucune envie de goûter aux joies de la campagne. Complètement repliée sur elle-même, quasi autiste, accro aux petites pilules, la main serrée sur son i-pod, Daisy a beaucoup de mal à participer aux jeux et activités bucoliques qui lui sont proposés. A contrario, les cousins, d’âges différents, forment un groupe fraternel soudé, extrêmement autonome, capable de pêcher, de se faire à manger, de se déplacer sans les adultes… Où sont justement passés les adultes ? C’est l’une des nombreuses questions sans réponse du film. Tante Penn (Anna Chancellor), la mère d’Isaac ( Tom Holland II ), Eddie ( George Mackay ) et Piper ( Harley Bird ), n’est pas là pour accueillir sa nièce. Figure fantomatique, la petite tribu affirme qu’elle est dans la maison, mais on ne l’apercevra que quelques minutes…devant un écran d’ordinateur qui affiche un diagramme avec le nombre de morts prévisionnel. Le réalisateur distille l’inquiétude avec de petits détails comme celui-ci. Mais, la première partie du film est essentiellement consacrée à Daisy qui s’éveille lentement à la vie, en tombant amoureuse d’Eddie.

La rupture instaurée par la scène des cendres atomiques est d’autant plus incroyable qu’elle se révèle extrêmement brutale. Sans ménagement, le réalisateur transporte alors le spectateur dans un « autre » film, peuplé de cadavres, de militaires et d’une menace jamais clairement identifiée. Londres a été détruit par les bombes et les missiles. Un état martial est déclaré, sous couvert de protéger la population. Les adultes font leur apparition dans le petit monde champêtre des cousins. Mais, c’est pour mieux les diviser et détruire leur équilibre. Ainsi, un diplomate de l’ambassade américaine propose à Daisy de l’évacuer, et regrette de ne pas pouvoir faire de même pour les autres jeunes. Daisy fait la promesse à Eddie de ne jamais l’abandonner; des militaires surgissent peu de temps après et séparent les garçons des filles.

Daisy et Piper sont alors envoyées chez un couple qui dirige d’une main de fer une sorte de plantation où de nombreux jeunes ouvriers sont exploités. La menace extérieure -dont on ne saura jamais l’origine ou la nature exactes- semble finalement bien moins dangereuse que l’état dystopique instauré par ce qui reste du gouvernement britannique. Daisy et Piper s’évadent et le film les suit à travers la campagne désormais défigurée par les charniers et les pilleurs… Parviendront-elles à retrouver Eddie et Isaac ?

Sans révéler la fin du film, disons que le suspense est très bien entretenu : là encore la caméra de MacDonald fait des merveilles. Le changement de rythme, marqué par l’évolution de la bande son -on passe des morceaux hippy-rock de Fairport Convention et de Nick Drake à un score électro inquiétant composé par Jon Hopkins – est bien négocié, et la deuxième partie tout aussi passionnante que la première. Toutefois, même si le charme opère, plusieurs questions, quand au fond, demeurent.

Pas vraiment film de SF, encore moins film pour ado à la Twilight , How I Live Now suscite plein d’interrogations sur les intentions de réalisateur… Dénonciation d’un Royaume-Uni (ou de tout autre pays occidental) qui s’est détourné des « vraies » valeurs -la famille, l’amour, les joies d’une vie simple – pour courir vers le profit comme Tante Penn, même si cela implique de faire la guerre contre un ennemi qu’on aura peut-être inventé ? En tout cas, le petit message écolo-anar légèrement réac de retour à la terre n’échappera pas au spectateur. Une belle histoire d’amour, un film d’action efficace, d’excellents acteurs, le tout nimbé d’une bande son parfaite (mention spéciale à Do It With a Rockstar d’Amanda Palmer & The Grand Theft Orchestra), l’adaptation du best-seller de Meg Rosoff , publié en 2004, est une réussite.

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