Javier Bardem à Paris pour Enfants des nuages, la dernière colonie

Cinemapolis.info a participé à la conférence de presse donnée ce midi (à l’hôtel Intercontinental Paris Le Grand) par la star internationale Javier Bardem, le réalisateur et producteur Alvaro Longoria (7 jours à la Havane, Che…), la défenseure des droits de l’homme Aminatou Haidar et Kerry Kennedy, présidente du Centre Robert F. Kennedy pour la justice et les droits de l’homme, à l’occasion de la promotion du documentaire Enfants des nuages, la dernière colonie qui sera distribué en salles par Chapeau Melon Distribution fin avril. Retour sur un film engagé et une conférence de presse sous haute tension.

Prix Goya du meilleur documentaire en 2013, le premier film d’Alvaro Longoria comme réalisateur a été projeté dans divers festivals, à Berlin et au TIFF… Il a fallu attendre plusieurs années pour qu’il trouve un distributeur français, en la personne de Chapeau Melon Distribution , qui s’est risqué à promouvoir un film négativement perçu par la communauté d’origine marocaine française. On ne pourra pas accuser l’équipe du film ou les organisateurs de la conférence de presse d’avoir empêché la parole de circuler pendant la présentation d’Enfants des Nuages. Comme l’a répété à plusieurs reprises le réalisateur et Javier Bardem , ce documentaire n’est pas anti-marocain, il tente juste d’alerter l’opinion publique sur le sort tragique des réfugiés Sahraouis, coincés dans des campements de fortune en Algérie.

La crise au Sahara Occidental ne date pas d’hier. Depuis 1975, cette ex-colonie espagnole est contrôlée par le Maroc qui considère ce territoire comme partie intégrante du Royaume. Les Sahraouis, réunis sous la bannière du Front Polisario , réclament l’indépendance complète et ne veulent pas se contenter de la relative autonomie que le Maroc accepterait de leur accorder à condition qu’ils restent sous sa férule. Pour Bardem et les personnes à l’origine du documentaire, le Sahara occidental est la dernière colonie d’Afrique car les velléités d’indépendance du peuple sahraoui n’ont jamais été entendues par la communauté internationale. Le documentaire d’ Alvaro Longoria met directement en cause le Conseil de Sécurité de l’ONU qui renouvelle chaque année, au printemps, le mandat de la Minurso (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) qui s’est toujours refusée à identifier et à rapporter les nombreuses violations des droits de l’homme perpétrées au Sahara occidental.

Ce midi, l’équipe du film était accompagnée d’ Aminatou Haidar , qui a évoqué les multiples tortures et menaces d’intimidation dont elle a été victime et témoin. Nommée au Prix Nobel de la Paix en 2012, elle attire une première fois l’attention des médias en 2009, après avoir entamé une grève de la faim à Lanzarote, dans les îles Canaries, pour protester contre son expulsion du Maroc. Véritable passionaria de la cause Sahraoui, elle a été kidnappée pendant quatre longues années de 1987 à 1991 durant lesquelles elle fut torturée à de nombreuses reprises… Aujourd’hui, elle continue le combat même si c’est maintenant au tour de ses enfants de vivre dans la crainte…

Bien qu’elle bénéficie de nombreux soutiens internationaux, Aminatou a expliqué que la répression marocaine frappe à l’aveugle, et ne craint pas de s’en prendre à des représentants politiques étrangers. Ainsi, elle évoque l’incident du 15 février 2014: « Le directeur de Human Rights Watch était avec nous. On lui a interdit l’accès et une délégation britannique a été intimidée. L’appareil photographique d’un député parlementaire du Royaume-Uni a même été confisqué et j’imagine qu’on va maintenant utiliser ce prétexte pour l’accuser de n’importe quoi… » Aminatou est amère, elle évoque la couverture médiatique dont bénéficie la jeunesse syrienne révoltée et fait le parallèle avec son propre peuple: « Personne ne parle jamais du Sahara occidental. »

José Maria Riba, « maître de cérémonie », donne la parole aux journalistes et à Aminatou Haidar, assise à côté de Javier Bardem. Copyright Nausica Zaballos.

Pour le réalisateur, l’objectif était moins de désigner des coupables que d’en appeler à la responsabilité des différents pays (l’Espagne, le Maroc, les États-Unis, mais aussi, dans une moindre mesure, la France) impliqués dans un conflit qui s’enlise depuis trop longtemps :  » Nous voulions mettre de côté nos opinions personnelles sur le conflit et adopter une position neutre afin de laisser le spectateur se forger son propre avis à l’aide des différents points de vue exposés. Nous voulions donner la parole aux différents acteurs de ce problème géopolitique (…) Cela a parfois été difficile mais à chaque fois que nous montrons le film en projection, la réaction du public est la même, un immense sentiment de frustration. Les spectateurs veulent savoir comment aider le peuple sahraoui et nous, on continue de constater que l’Europe et ses instances politiques détournent le regard…  »

Pour Javier Bardem, le film possède une dimension universaliste : « Ce n’est pas seulement un documentaire sur le Sahara Occidental, sur un conflit bien particulier, c’est l’histoire de nombreux conflits de par le monde, c’est une réflexion sur la nécessité, pour nous, citoyens de pays occidentaux, de ne pas penser exclusivement à nous-mêmes… C’est un film sur les droits de l’homme. »

Le film est projeté ce soir au cinéma Majestic Passy à 20h30, la sortie nationale est prévue pour avril 2014.

© Nausica Zaballos.

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3 Responses to "Javier Bardem à Paris pour Enfants des nuages, la dernière colonie"

  1. adame says:

     » La dernière colonie … » D’apès le titre

    Monsieur J. Bardene nous presente le sahara comme dernière colonie en Afrique,,d’accord !! Et qu’est ce que l’en est des enclanves de Ceuta et Melilia ?? Elles sont bien en Afrique (Maroc) non ??
    Si Mr Bardene considère ces 2 enclaves comme espagnoles, J’aimerais bien savoir son avis par rapport à l’enclave de Gibraltar qui est une partie de l’Espagne… Donc est ce que Gibraltar est anglais ou espagnol ?? Merci de répondre à ma question.

    Amicalement.

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    • Nausica says:

      Bonjour,

      Javier Bardem (attention à ne pas écorcher son nom) a fait une réponse mi-figue mi-raisin : )

      Il a expliqué que la conférence de presse était le moment de discuter du film Les Enfants des Nuages, pas de la situation à Ceuta et Melilla et que son avis personnel sur la question était forcément subjectif.

      Je vous conseille donc de contacter son attachée de presse pour lui poser directement la question : )

      quant à Gibraltar… Cinemapolis est une revue sur le cinéma, nous traitons des aspects cinématographiques des œuvres critiquées, nous ne sommes pas qualifiés pour faire des analyses géopolitiques…
      Par contre, une critique du film sera mise en ligne où nous reviendrons sur les points positifs mais aussi {{négatifs }} du docu.

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      • adame says:

        Bonjour.

        Discuter du film d’accord j’ai rien dit… Mais le titre de ce même film nous parle d’une dernière colonie en Afrique.  » {Est ce vraiment la dernière colonie en Afrique.. ??}  » . Je ne demande pas de faire des analyses politiques, mais juste de corriger le titre du documentaire, parceque pour certains il y a encore d’autres colonies en Afrique autre que le sahara…

        Merci de me répondre.

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