L’Expérience Blocher

Jean-Stéphane Bron fait le portrait de Christoph Blocher, industriel milliardaire, reconverti dans la politique. Membre de l’UDC dont il est, et fut, le leader le plus influent, c’est lui qui a convaincu les suisses de ne pas intégrer l’espace économique européen en 1992.

Pourquoi l’expérience Blocher ? Parce que Jean-Stéphane Bron voit dans l’élection de Blocher en tant que conseiller fédéral ( soit de l’exécutif, composé de 7 membres ) et dans le pouvoir dont dispose son parti une expérimentation de l’extrême droite. Le film s’ouvre sur une citation prophétique qui, du futur, regarde le passé, et annonce la montée inexorable des nationalismes dans toute l’Europe. Est-ce bien le cas ? Rien n’est moins sûr mais il est vrai que le tissu de l’Union Européenne se fragilise, et que germe dans de nombreux pays-membres une remise en cause du bien-fondé de son appartenance en son sein : en Europe du Sud on proteste contre les contraintes d’austérité, en Europe du Nord contre sa trop forte contribution au désendettement de ses partenaires économiques, partout règne le sentiment d’être manipulé par des directives opaques. C’est là que l’image d’un pays qui, non seulement a refusé l’adhésion à l’espace économique, mais qui, de surcroît, prospère, prend l’allure d’un laboratoire et tend un miroir aux autres.

Et le vote récent en faveur de quotas d’immigration conforte cette idée. La Suisse entraînera-t-elle dans son sillage d’autres pays ? C’est la questions sous-jacente. Marine Le Pen, en France, ne manque jamais une occasion de défendre le système politique helvétique et de louer le désir de souveraineté de son peuple. Est-ce à dire que Bron défend la politique de l’UDC ? Non, il s’en défend mais ne cache pas non plus une certaine admiration pour son leader.

Le film, bien loin de l’approche documentaire classique, est mis en scène comme s’il s’agissait d’un film d’horreur. Musique glaçante, anxiété latente, images contemplatives, impuissantes… Blocher n’est jamais vraiment interviewé ; quelque fois il s’adresse à la caméra ; le reste du temps, le réalisateur commente son parcours politique, insiste, plus que de raison, sur les parts d’ombre du politicien. Il fait comme s’il suivait un vampire. Plutôt que lui laisser la parole, il le cite : « vous m’avez dit un jour que… » Blocher est une présence ; Bron guette, le scrute, il veut saisir son âme en filmant ses silences mais, finalement, ne fait que lui créer un mystère qui renforce son aura.

Plus qu’un regard sur la politique menée par la Suisse depuis 20 ans, c’est le portrait d’un homme qui synthétise un certain esprit du pays.

written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**