Jack et la mécanique du coeur

Sept ans après les succès du livre et de l’album, Mathias Malzieu et son acolyte Stéphane Berla transposent Jack et la mécanique du cœur sur grand écran. Pour le plus grand bonheur des inconditionnels de l’univers fantasque de l’artiste… mais attention : Mathias Malzieu continue de surprendre en mêlant pour ce film d’animation modernité 3D, images en 2D et technique ancienne de papiers découpés. Des surprises se glissent tout au long de ce conte musical poétique. Jusqu’à une fin modifiée.

Edimbourg, 1874. Jack naît le jour le plus froid du monde. Madeleine le sauve en lui confectionnant une horloge à la place de son cœur gelé et le recueille dans sa maison isolée. Il survivra à condition de respecter trois règles : ne pas toucher à ses aiguilles, maîtriser sa colère et surtout ne jamais – quoiqu’il arrive – tomber amoureux .

Le jour de ses 10 ans, Jack insiste pour se rendre pour la première fois en ville. Il y tombe sous le charme d’une jeune chanteuse aussi belle qu’énigmatique et myope : miss Acacia. Commence alors pour Jack le plus touchant des voyages, à la conquête d’un amour interdit .

Un pari osé. Pas facile quand plus de 200 000 personnes ont lu un livre de l’adapter en film. Même lorsque l’écrivain et le scénariste ne font qu’une seule et même personne. D’autant plus quand le livre appartient au genre fantastique et a mis en éveil l’imagination de chaque lecteur. Comment réussir à ne pas décevoir ?

C’est en choisissant un éventail large de techniques d’animation que Mathias Malzieu et Stéphane Berla ont tenté de réussir leur pari. La majorité du film est en images de synthèse, à la manière d’un Pixar. Plus économique et plus facile. Mais pas esthétiquement le plus intéressant. Surtout pour permettre aux personnages de s’exprimer : malgré les références plus que flagrantes à Tim Burton (des décors désarticulés, des personnages avec une grosse tête et des brindilles en guise de jambes), les personnages ont une expressivité très limitée. Au début du projet, Mathias Malzieu et Stéphane Berla voulaient utiliser des corps en marionnettes, mais demander à de vrais comédiens de prêter leurs yeux aux personnages. Une initiative finalement abandonnée, qui aurait permis pourtant de donner plus de vie aux personnages…

Des techniques abandonnées. Les vrais moments de grâce visuelle viennent des techniques en papiers découpés. La première séquence dans le train, alors que Jack fuit l’Ecosse pour l’inconnu est impressionnante d’inventivité. Les wagons miment un mouvement de rétrécissement/agrandissement qui accentuent le piège qui se referme sur Jack grâce à la technique de l’origami et du pop-up. Avec en fond sonore, pour les nostalgiques, la chanson d’Alain Bashung alias Jack l’Eventreur, enregistrée avant sa mort.

Omniprésence musicale. Jack et la mécanique du coeur version film est plus d’une mise en images de la musique que des mots. C’est ce qui peut parfois être gênant : même si la mélodicité des paroles de Mathias Malzieu est parfaite, on peut regretter qu’il y ait parfois trop de musique, pas assez de dialogue. Et surtout des dialogues un peu maladroits et pas très recherchés. Un décalage se forme entre les images dont le gothisme et le romantisme s’adressent à un public adulte, alors que les textes restent au niveau enfantin.

Le film d’animation Jack et la mécanique du cœur est un conte romantique teinté de noirceur et de lyrisme fait par des cinéphiles. Un hommage au septième art, de George Méliès à Tim Burton en passant par Todd Browning, Terry Gilliam et Pixar. Mais un hommage un peu maladroit. Comme si Mathias Malzieu et Stéphane Berla n’avaient pas osé aller jusqu’au bout de leur imaginaire pour leur première réalisation.

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