Gloria, sortie le 19 février 2014, avant-première lundi 3 février, soirée Espanolas en Paris.

Sous des allures de feel-good movie, Gloria est le portrait désabusé d’un vide existentiel: celui d’une femme de 58 ans qui multiplie les rencontres sexuelles pour lutter contre la solitude et la vieillesse. Ours d’argent pour son interprète principale, Paulina Garcia, au festival de Berlin 2013.

Le réalisateur Sebastián Lelio construit son récit par petites touches, la musique -des chansons d’amour latinos un peu ringardes- jouant un fil conducteur entre les différentes étapes de la vie mouvementée de Gloria. A 58 ans, cette divorcée dynamique, mère de deux enfants, a un emploi du temps bien chargé. Malgré un travail très prenant, elle trouve le moyen d’entretenir son corps et son moral en fréquentant les clubs de gym, les ateliers de rire et les dancings. En apparence, tout va bien donc. Gloria a gardé une ligne d’adolescente, elle fume des joints avec des amis plus jeunes qu’elle, c’est une battante…

Mais, la caméra du réalisateur chilien s’attarde régulièrement sur le visage fatigué et usé de la presque sexagénaire… Qu’importe l’ivresse offerte par l’alcool et la danse, la mort rôde et guette Gloria, telle la marionnette en forme de squelette qui semble la narguer dans le centre commercial où la cadre dynamique s’est réfugiée pour oublier une énième rupture… L’un des objectifs de Sebastián Lelio, avec ce film, était de rendre hommage à la génération de ses parents, toute une tranche d’âge sacrifiée. Ils ont survécu aux années de plomb du dictateur Pinochet mais ils n’ont pas pu vivre leurs rêves d’adolescents révoltés. Le réalisateur voulait aussi mettre en scène les relations amoureuses et sexuelles entre des seniors encore dynamiques, une manière de répondre au jeunisme ambiant. Plusieurs scènes sont d’ailleurs assez crues et n’apporte pas grand chose au scenario à part souligner la soif de vivre de Gloria et son nouveau compagnon, Rodolfo, propriétaire d’un parc d’attractions. Ce rôle est interprété par Sergio Hernández , acteur qui quitta le Chili en 1973 après le coup d’état, et qu’on a pu récemment voir dans No , avec Gael Garcia Bernal .

Film hommage donc, un peu militant sur les bords : plusieurs scènes montrent une Gloria déambuler dans des rues envahies par de jeunes manifestants. Mais, l’héroïne principale n’est pas vraiment concernée par les luttes politiques contemporaines, elle doit d’abord livrer combat contre elle-même. Le titre choisi par Sebastián Lelio est un clin d’œil à d’autres Gloria, immortalisées en chanson (par Umberto Tozzi) ou à l’écran (par John Cassavettes qui mettait en scène son épouse Gena Rowlands ). Portrait de femme forte donc, Gloria ne cherche pas à rendre son personnage éponyme plus sympathique qu’il n’est. Séductrice, égoïste et autoritaire, Gloria ne supporte pas que Rodolfo maintienne des liens avec son ex-épouse et ses deux filles. Elle veut vivre sa nouvelle histoire d’amour, sans être importunée par des tiers. C’est oublier un peu vite qu’à presque soixante ans, on n’est pas sans attaches.

Rodolfo, officier naval de 7 ans son aîné, craint tellement la domination de sa nouvelle conquête (et ses accès de spleen) qu’il prend la fuite à plusieurs reprises, prétextant un soudain malaise ou faire un tour aux toilettes… Portrait de femme au bord de la crise de nerfs (merci Almodovar !), Gloria se veut le reflet d’un pays socialement divisé. Les repas qui réunissent les familles recomposées à l’image de celle de Gloria sont hantés par les fantômes du passé (Rodolfo et son statut d’ex-militaire qui inquiètent la fille de l’héroïne) Au final, il n’y a ni gentils ni méchants, surtout des adultes paumés qui n’arrivent pas à assumer leur statut de grands-parents (Gloria fait pleurer son petit-fils dès qu’elle s’approche de lui) car la transmission, endommagée par la dictature et les secrets honteux, a été rompue. Gloria, symbole de l’individualisme et du consumérisme forcenés, est peut-être libre mais seule (abandonnée par ses amants et ses enfants). Quant à Rodolfo, sa fidélité à des idéaux familiaux datés l’étouffe autant que le corset arraché par Gloria lors d’une dernière étreinte… Le salut semble résider dans la fuite, celle de la fille, qui part retrouver son compagnon en Europe à la fin du film…

written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**