Dallas Buyers Club

Dallas Buyers Club n’est pas le récit épique d’un collectif, les malades qui se sont organisés dans différentes villes des États-Unis au début des années 1980 pour se fournir en médicaments et espérer allonger leur espérance de vie. Le film de Jean-Marc Vallée choisit de privilégier une approche subjective de l’Histoire en dépeignant la métamorphose -plus morale que physique- de Ron Woodroof, cowboy hétérosexuel, qui brûle la chandelle par les deux bouts.

Électricien à ses heures perdues, Ron multiplie les aventures sexuelles avec des inconnues, derrière les gradins, pendant un rodéo, ou en mode orgie alcoolisée, dans des motels sordides. C’est un grossier personnage, avec finalement peu de véritables amis, tellement imbu de lui-même qu’il croit être immortel. Mais la mort rôde: Vallée construit plusieurs plans symboliques -l’accident sanguinolent du travailleur immigré, la scène dans la voiture de police avec le frère représentant de l’ordre- qui préfigurent la sentence à venir et la lente transformation intérieure.

Au début des années 1980, on croyait que le SIDA ne se propageait qu’au sein des communautés homosexuelles. Le film évoque plusieurs fois la contamination de Rock Hudson, acteur nord-américain qui avait rendu public sa maladie et par la même occasion son homosexualité, cassant le mythe du héros de western ultra masculin qu’il avait interprété tant de fois au cinéma. Lorsque le personnage de Ron apprend qu’il a été infecté, il se révolte contre les médecins, mettant en avant sa virilité. Tout le monde s’en fout: on ne lui donne que trente jours à vivre. Le film va dès lors décrire comment, par nécessité physique et économique, Ron va surmonter son homophobie pour devenir le pourvoyeur en médicaments des malades texans infectés.

En toile de fond, on retrouve la course aux médicaments menée par l’industrie pharmaceutique avec un traitement manichéen des personnages: d’un côté la gentille doctoresse (interprétée par Jennifer Garner qui a remplacé Hillary Swank indisponible pour le rôle), de l’autre, les méchants requins qui veulent tirer profit de la détresse des patients. Bien évidemment, l’objectif principal des grands groupes pharmacologiques a toujours été de générer des profits, le soin des consommateurs n’étant qu’accessoire. Mais, finalement, Ron n’est-il pas animé par les mêmes motifs ? Il agit moins par militantisme que par survie. Pour traduire à l’écran l’évolution morale positive de Ron, Jean-Marc Vallée a cru bon d’ajouter un personnage de transexuel, Rayon, censé insuffler un peu d’émotion au film. Mais, malgré la performance de l’acteur Jared Leto, le film s’englue un peu plus dans les clichés avec la Queen flamboyante et larmoyante qui attendrit le cœur du dur à cuire…

Quant à la romance entre les personnages interprétés par Jennifer Garner et Mathieu McConaughey, difficile d’y croire. Le tout semble artificiellement plaqué pour ajouter encore plus de bons sentiments à un film qui prétendait nous faire réfléchir sur l’impact des années SIDA sur la société. Comment croire qu’un obsédé sexuel, habitué à des bimbos sans cervelle, puisse soudainement s’intéresser à une doctoresse ultra-sérieuse (peut-être un peu trop) ? On remarquera aussi l’insistance de Jean-Marc Vallée pour enlaidir son unique personnage féminin important: comme si une femme qui occupe un poste à responsabilité devait absolument s’habiller comme une nonne.

Bref, il serait temps, au moment d’attribuer le qualificatif de « naturaliste » au film de Jean-Marc Vallée, de réfléchir sur le sens de ce mot. Certes, Mathieu McConaughey et Jared Leto ont perdu beaucoup de poids pour ressembler aux personnages qu’ils sont censés interpréter mais la réalisation pêche par trop de stéréotypes. De plus, maigreur ou ressemblance physique n’équivalent pas forcément à un bon jeu d’acteur. On préfèrera ainsi à McConaughey, Christian Bale , autre acteur abonné aux pertes de poids drastiques depuis American Psycho, oscarisé pour The Fighter

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