L’amour est un crime parfait

Direction la Suisse et ses paysages enneigés pour L’amour est un crime parfait, le dernier film des frères Larrieu pas si parfait que ça…
Jeudi 9 janvier, 20h30, MK2 Bibliothèque dans le 13e arrondissement de Paris. Une avant-première doublement promettante, à la fois sur le fond avec la présentation au public de L’Amour est un crime parfait, nouveau film des frères Larrieu (Peindre ou faire l’amour) qui a fait le tour de nombreux festivals. Mais également intéressante sur la forme car la projection est suivie d’un « débat participatif » entre les réalisateurs, les trois comédiens principaux présents (Mathieu Amalric, Maïween, Karin Viard) et le public, à la fois celui de la salle parisienne et celui des 19 autres salles en France où la séance est retransmise en direct. Une initiative pleine de promesses… mais globalement ratée.

Professeur de « creative writing » à la faculté de Lausanne, Marc (Mathieu Amalric) est un charmeur qui collectionne les conquêtes parmi ses jeunes étudiantes, au grand dam de son chef de département (Denis Podalydès), lui-même amoureux de la sœur de Marc (Karine Viard). Une nuit, Marc rentre dans le chalet reculé dans lequel il vit avec sa soeur en compagnie d’une jeune fille, qui disparaît au matin. Tandis que la police enquête et qu’une autre de ses élèves le poursuit de ses ardeurs (Sara Forestier), le séducteur s’entiche de la belle-mère mystérieuse de la disparue (Maïwenn). Marc est-il un innocent, un goujat ou un assassin ?

Adaptation fidèle. L’amour est un crime parfait est l’adaptation du roman noir de Philippe Djian (auteur notamment de 37°2 le matin ). La question du respect à l’oeuvre originale ne se pose pas ici : les deux réalisateurs ont choisi le parti-pris intéressant de reprendre les dialogues du livre. Ce qui donne un jeu très théâtral, dans lequel Denis Podalydès, habitué des planches, se sort parfaitement. Contrairement à Mathieu Amalric, dont le jeu maniéré et très phrasé agace rapidement.

Des références assumées. Les dialogues ne sont donc pas changés, contrairement au titre qui lui a été modifié : le titre originel du livre, Incidences , est devenu L’amour est un crime parfait . Pourquoi ? Il faut tenir jusqu’au bout du film pour le savoir. Ce choix assume en tout cas sa référence hitchcockienne. Comme dans les films du maître du suspens, les frères Larrieu ont tenté de créer une atmosphère étrange, des figures féminines envoûtantes, un personnage principal dont on ne sait pas de prime abord s’il est innocent ou coupable et qui tombe sous la charme d’une femme-mirage comme ça peut être le cas dans Vertigo
Mais ils échouent, n’arrivant pas à tenir en haleine les spectateurs, qui sont sortis globalement déçus de cette avant-première. Peut-être par manque d’amour ou en tout cas de considération pour leurs personnages. Lapsus d’ailleurs d’un des réalisateurs, qui a déclaré lors de l’avant-première que les « personnages féminins du film étaient comme des décors »

Paysage et animalité. L’amour est un crime parfait rappelle aussi par certains aspects Un roi sans divertissement , le film de 1963 de François Leterrier adapté du roman de Jean Giono. Notamment à cause des paysages, qui jouent un rôle central. Ayant vécu leur enfance en plein cœur des Pyrénées, le décor enneigé – très enneigé – s’est imposé aux réalisateurs tout naturellement, même s’ils ont choisi la Suisse et les sommets des Alpes. Un décor d’une blancheur pure… à l’image de la pureté de l’innocence de Marc ? En tout cas, aussi blanc que les trous de mémoire dont il souffre.
Mais les réalisateurs n’ont pas travaillé qu’avec la lumière extérieure, les intérieurs étaient également importants. Le campus où Marc travaille est l’aboutissement ultime de ce travail.  » Nous voulions des choix de décors urbains forts qui puissent rivaliser avec les paysages grandioses de montagne », déclare Jean-Marie Larrieu. L’histoire est racontée du point de vue de Marc, son campus est alors comme l’incarnation architecturale du cerveau de Marc, avec des trous, des ouvertures, des points de fuite.

Le film, sûrement le premier vraiment « grand public » des frères Larrieu, déçoit. Et choisir ce film pour une avant-première novatrice avec un débat retranscrit dans plusieurs salles de France n’était peut-être pas une bonne idée. Déjà, parce que les réalisateurs ne semblaient pas à l’aise dans cet exercice de promotion, malgré les tentatives d’humour des acteurs présents, plus habitué à répondre aux journalistes et au public. Mais aussi parce que le public est resté assez circonspect, devant ce film opaque.

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