Les sorcières de Zugarramurdi

Alex de la Iglesia s’est constitué en 20 ans une place à part dans le cinéma espagnol. D’abord avec  Action Mutante  (1992) et Le Jour de la Bête  (1994) on a pu croire qu’il allait incarner la nouvelle vague du fantastique ibérique, déjantée et tonitruante. Puis, il a peu à peu délaissé le genre pour laisser à d’autres la charge d’en assurer le renouveau et se consacrer, de son côté, à l’illustration de faits divers ou sociétaux dont il fait ressortir le grotesque, l’excès, l’énormité. Affres du voisinage, de la cupidité, folie des médias, etc…

Avec Les Sorcières de Zugarramurdi  , il renoue avec le fantastique de ces débuts tout en conservant cet ancrage dans le réel qui a fait sa marque ces dernières années.

L’idée à la source du film est la suivante : confondre la « sorcière », au sens propre – une femme qui pratique la sorcellerie – et la « sorcière » au sens figuré – une femme insupportable. Pour bien faire les choses, disons que tout ce que la peur de la féminité peut inspirer aux hommes ira s’ajouter au grand chaudron : manipulatrices, castratrices, hystériques, mégères ; rien n’est oublié. Le générique nous montre une compilation d’images montrant des gravures de « sorcières » au moyen-âge – le genre qui dansait nue dans les bois, copulait avec Satan et jetait des malédictions par-delà les flammes du bûcher – et de stars hollywoodiennes réputées pour être capricieuses jusqu’au portrait des inévitables Angela Merkel ou Margaret Thatcher. Cette métaphore de la sorcière ne manquera pas de faire grincer les dents à quelques uns qui accuseront le film de « masculinisme » – terme inventé pour pointer du doigt les hommes qui se sentent dévirilisés par les revendications féministes.

2 hommes, déguisés en mime de rue, l’un en Christ argenté, l’autre en Petit Soldat vert, aidés de plusieurs autres complices – un Bob l’éponge, un Homme Invisible, un Mickey, etc… – et d’un enfant, braquent un dépôt d’or. Ils s’enfuient avec le butin en prenant en otage un chauffeur de taxi – précisons-là, que la femme du Petit Soldat, sensée faire le « driver », les laisse en carafe.
L’enfant, c’est le fils de José, le faux Christ, dont il a la garde et qu’il préfère emmener avec lui durant le braquage plutôt que le laisser à sa mère et céder un de ses jours. Rapidement la question de l’argent est occulté et vient sur le tapis celle, autrement préoccupante, de l’oppression des femmes : José, divorcé, est en guerre avec son ex-épouse, Tony idolâtre la sienne sans se rendre compte qu’elle le méprise, et le chauffeur, sensibilisé par ces hommes en fuite, criminalisés, décide de se joindre à leur sort. Leur but : gagner la France, mais pour cela ils doivent passer par Zugarramurdi, une commune frontalière qui abrite, dit-on, des sorcières.

Les sorcières de Zugarramurdi , aussi odieuses les unes que les autres, ont un projet terrible en tête : instaurer dans le monde un nouveau matriarcat. Il ne s’agit plus, comme c’était le cas dans Le Jour de la Bête , de donner naissance à l’Antéchrist, mais à l’Androgyne, « l’homme qui trahira les Hommes. »

Histoire complètement fantasque, paranoïaque à un point impensable, et drôle pour peu qu’on soit capable de la regarder avec la distance qui convient. Nous le disions ce sera trop cependant pour certains qui croiront qu’Alex de la Iglesia cherche à protester contre le déclin de l’empire masculin. Tout au contraire, il met en scène l’absurdité de ces inquiétudes dans un maelström de folie néo-moyenâgeuse, joue sur la faiblesse et la médiocrité de ses protagonistes dont on se rend bien compte qu’ils ne sont pas les derniers héros de l’humanité – et de la masculinité – pas plus qu’ils en représentent l’avenir.

Ce retour aux sources et à ses 1ers amours est pour lui aussi l’occasion de mettre en scène un sabbat gigantesque; une séquence qui lui aurait été impossible de tourner à ses débuts et dont on se demande s’il ne l’a pas tournée juste pour se dire « je l’ai fait! » L’humour finit malheureusement par le céder un peu trop au baroque et au spectaculaire, mais l’ensemble du métrage n’en pâtit pas trop.

Titre : Las brujas de zugarramurdi

Réalisation : Alex de la Iglesia

Interprétation : Carmen Maura, Hugo Silva

Date de sortie : 08/01/2014

Distribution et crédit photos : Rezo Films

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