Le Loup de Wall Street

2 mots de l’histoire pour ceux qui ne la connaîtraient pas : Jordan Belfort crée à la fin des années 80 une société de courtage, Stratton Oakmont, par le biais de laquelle il va escroquer nombre de petits boursicoteurs. Le principe est simple : il pousse à investir dans des sociétés, parfois réelles, parfois fictives, dont il gonfle artificiellement le cours des valeurs à la fois en mentant sur leur situation financière, à la fois en y investissant lui-même beaucoup d’argent et, au moment opportun – lorsque l’action est suffisamment haute – il retire toutes ses parts générant ainsi d’importants profits et laissant à ses clients de lourdes dettes.  Il sera condamné pour fraude et blanchiment d’argent.

A vrai dire, le fonctionnement des procédures frauduleuses de Belfort n’est pas le propos du film. Comme Belfort le résume bien face caméra « la seule question qui compte c’est : est-ce que tout cela est légal ? Absolument pas . » Pour Martin Scorsese, c’est une réactualisation de ses histoires de gangsters.

Et force est de constater que le film partage beaucoup de points communs avec les 2 classiques que sont Les Affranchis et Casino . Dans la structure : films-fleuves qui s’étalent sur plusieurs années, avec des périodes qui s’agencent d’une manière à peu près similaire; dans le traitement : bande-son pop, et voix-off complice. On retiendra enfin que la déchéance ultime n’est pas l’arrestation et l’incarcération du héros, mais l’incapacité à exercer son activité qui le condamne à devenir un homme ordinaire. Encore que la fin de celui-ci présente un peu plus d’optimisme…

Bien évidemment le choix de la voix-off s’explique par le fait qu’il s’agit d’une autobiographie. Belfort raconte sa propre histoire. Ce procédé qui fait du spectateur le confident du héros et, en quelque sorte, je le disais, son complice, a aussi pour conséquence de lui donner une parfaite lucidité. Il sait ce qu’il fait parce qu’il a choisi de le faire. Ainsi la surconsommation de drogue est tempérée par le commentaire en direct qui laisse entendre qu’elle est, si on veut, « contrôlée », ainsi la mahonnêteté même de l’entreprise de Belfort résulte d’un choix parfaitement conscient et assumé comme le rappelle la citation du paragraphe supérieur. Il n’y a plus d’excès générés par l’aliénation du pouvoir et de l’argent, pas plus qu’il n’y a irresponsabilité et inconscience, mais juste le choix de vivre à fond.

Pour résumer : d’une part, des pratiques frauduleuses dont le fonctionnement est éludé, considéré comme secondaire, une absence de représentation des victimes – sur les 3h tout juste a-t-on le droit à 2min de téléphone avec l’une d’elles – contribuant à rendre inoffensifs les crimes de Belfort, d’autre part, un choix de vie parfaitement assumé. Pour ces raisons, le film créera sans doute plus de vocations qu’il n’attirera de méfiance envers la criminalité financière.

« Autant que je me souvienne, j’ai toujours voulu être gangster » disait Henry Hill dans Les Affranchis . Alors que Belfort reçoit la visite d’un agent du FBI qui enquête sur lui, il lui pose la question « n’avez-vous pas rêvé de devenir trader ? » Plus tard, le même agent, dans le métro, jette un oeil aux passagers: mal vêtus, usés par la vie et le travail. Regard compassionnel envers les potentiels victimes de Belfort ? Ou constat de l’ingratitude d’une vie honnête ? Chacun fait comme il peut, dans ou hors-la-loi, semble être l’avis de Scorsese.

De ces remarques, on ne va pas conclure que le film est déagréable; au contraire il est formidablement rythmé, rock’n’roll, on ne s’y ennuie pas un instant et on est de tout coeur avec Di Caprio – qui est absolument impeccable mais qui n’a pas le visage lifté et artificiellement bronzé du vrai Belfort. Mais c’est peut-être là le problème.

Titre : The Wolf of Wall Street

Réalisation : Martin Scorsese

Interprétation : Leonardo Di Caprio, Jonah Hill

Date de sortie : 25/12/2013

Distribution et crédit photos : Metropolitan FilmExport

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