Mon Oncle

Avec Les Films de Mon Oncle, Macha Makeïeff, Jérôme Deschamps – fondateurs des Deschiens – et Sophie Tatischeff – la fille de Jacques Tati, aujourd’hui décédée – ont entrepris la restauration de tout le catalogue Tati. Vaste entreprise si on considère que Tati a remonté tous ses films, ajoutant des séquences, modifiant la bande-son, etc… C’est aujourd’hui  Mon Oncle  qui ressort.

Dans ce film Tati oppose la société moderne, incarnée par les Arpel, et la France d’avant, celle de Hulot. D’avant quoi   ? D’avant la guerre ? Peut-être. C’est plutôt la vision d’une France mythologique, fantasmatique, qui n’existe pas vraiment, du moins pas à l’état permanent. Une France qui s’incarne ponctuellement en certains endroits, en certains moments. C’est la France qui prend son temps aussi, n’aime pas trop le travail. On sourit en ces temps de crise économique et d’impératifs de compétitivité de certains sketchs comme celui du balayeur qui s’interrompt constamment dans son travail pour discuter, bistroter, etc…

Quoiqu’il en soit c’est le monde moderne qui apparaît aujourd’hui le plus nettement étrange, sinon franchement science-fictionnel. Normal sans doute : Tati dépeint la modernité autant qu’il l’anticipe. L’univers de la famille Arpel est donc rempli d’inventions, de choses qui pourraient voir le jour mais n’existeront jamais. A commencer par la villa en elle-même qui est sans doute ce qu’on retient le plus du film. Jacques Lagrange qui l’a dessinée la qualifiait de « pot-pourri d’architectures » David Bellos, auteur d’une biographie sur Tati* y voit une parodie du Style International. Ca n’est pas tout à fait exact. Toutes les idées modernes en architecture à partir des années 20, défendues par le Bauhaus, Le Corbusier, et autres, ont consisté à privilégier le fonctionnel sur l’esthétique, l’épuration sur la sophistication en vue d’atteindre un style qui ne soit ni d’une époque ni d’un lieu déterminé. La décoration est perçue comme vaniteuse et archaïque. Mais la villa Arpel, à sa manière, est plein de fantaisies et d’inutiles. A commencer bien sûr par son si kitsch poisson-fontaine.

Ce qui distingue foncièrement l’habitation des Arpel de celle de Hulot, c’est que l’une est ultra fonctionnelle, « tout communique ! » s’enchante régulièrement la propriétaire, l’autre, au contraire, est très mal agencée. Mais les 2 ont une utilité sociale importante. Hulot qui habite au dernier étage d’un immeuble où tout semble s’être superposé au fil des années d’une manière anarchique, doit prendre un chemin compliqué qui le fait passer par le logement de tous les habitants. Les Arpel qui vivent dans un voisinage aux contours très définis et privatisés, prennent plaisir à faire visiter leur maison, pratique et moderne, mais, il faut bien le dire, très froide.

L’anarchie contre l’ordre, l’oisiveté contre le travail, ce sont bien sûr ces thématiques qui articulent le film. Le petit Gérard ne supporte pas sa vie réglée et millimétrée et n’aime rien mieux que les virées avec son improbable oncle qui le laisse traîner dans les terrains vagues, dans les éboulis, et s’amuser sans se préoccuper de la propreté de ses vêtements. Là aussi, on ne peut que sourire à la dénonciation de la tyrannie de l’hygiène dépeinte par Tati : le stand de beignets avec son cuisinier – si on peut dire – qui essuie ses mains poisseuses et pleines de graisse sur son tablier, n’inspire guère de nostalgie. Pire encore, Tati qui se débarrasse de ses tuyaux en plastiques en les jetant à l’eau a quelque chose de presque choquant de nos jours. Relativisons.

Les comédiens, comme toujours chez Tati, ne jouent pas mais miment. C’est la différence entre faire oublier qu’on joue et précisément attirer l’attention sur ce point. Tout est forcé, tout est faux même, et cela peut sembler parfois un peu déroutant. Tati, en Hulot, s’en tire à merveille, parce que son numéro ne correspond pas à un type particulier mais créé une combinaison originale et unique de plusieurs caractères. Il y a la distraction, la gêne, l’éternel souci de bien paraître, de s’excuser… De même les dialogues ne se donnent pas à entendre pour leur contenu propre, mais pour leur apparence extérieure : du verbiage futile.

Mon Oncle a reçu l’Oscar du meilleur film étranger en 1958.

Titre : Mon Oncle

Réalisation : Jacques Tati

Interprétation : Jacques Tati, Jean-Pierre Zola, Adrienne Servantie

Année de sortie originale : 1958

Date de ressortie : 18/12/2013

Distribution : Carlotta Films / Les Films de Mon Oncle

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