Cérémonie d’ouverture Festival Kinotayo : Oshin de Shin Togashi

Mardi 10 décembre, la Maison de la culture du Japon à Paris était en fêtes pour l’ouverture du festival de cinéma japonais contemporain Kinotayo. L’ambassadeur du Japon à Paris a présenté cette nouvelle édition, la huitième, placée sous le signe de l’infini et de la croissance, le chiffre 8 étant sacré au pays du soleil levant. On pourrait citer des chiffres mais on se contentera de féliciter les organisateurs pour l’excellent bilan des années précédentes. Créer un festival japonais qui parvienne à trouver sa place au milieu des nombreux festivals de cinéma asiatique et fasse partager à des cinéphiles peu familiers avec la production cinématographique nippone n’était pas un mince défi. Il a été relevé avec brio… Retour sur le film d’ouverture, adaptation d’une série TV à succès que certains ont qualifié de représentative de l’âme japonaise…

Oshin est l’adaptation d’une série TV nippone originellement diffusée entre avril 1983 et mars 1984 sur la chaîne NHK. Les 297 épisodes de 15 minutes ont rencontré un vif succès à l’étranger, Oshin a été distribuée dans une cinquantaine de pays à l’exception notable de la France. Mélodrame où les violons viennent souligner le moindre instant tragique, Oshin retrace l’existence mouvementée d’une japonaise de l’ère Meiji jusqu’au années 1980. Le remake diffusé à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du festival Kinotayo s’attache lui à décrire l’enfance d’Oshin.

L’ambassadeur a souligné qu’Oshin était emblématique des valeurs japonaises telles que la piété filiale, la persévérance, le sens du devoir… C’est peut-être pour cela que le film -visuellement magnifique- déroutera quelque peu les spectateurs français, peu habitués à cette déferlante de bons sentiments noyés sous des drames qui ferait passer Angélique Marquise des Anges pour une veinarde… car l’enfance d’Oshin est placée dès les premières images sous le sceau du malheur.

Le destin d’Oshin, enfant d’une famille pauvre, est de souffrir, encore et encore. Vendue par son père contre des sacs de riz, la petite fille atterrit dans une famille où elle est violentée par une domestique sadique qui lui dérobe son unique consolation : une pièce « magique » offerte par sa grand-mère à son départ…

La direction d’acteurs est excellente et la photographie très soignée. On regrettera que le récit épouse un découpage hérité de la série et peu adapté au format cinématographique long. Passée la première épreuve (la séparation avec les parents et les abus perpétrés par la domestique), un schéma identique qui se reproduira à deux autres reprises se met en place: Oshin quitte sa famille d’adoption pour retrouver une nouvelle famille dans laquelle elle connaîtra un court bonheur pour de nouveau être arrachée à ceux qu’elle aime. La petite fille est ainsi protégée par une série de sauveurs providentiels mais temporaires : Shunsaku, un soldat déserteur qui lui apprend à lire avant d’être abattu sous ses yeux, Madame Yashiro, la matriarche de la riche famille Kagaya qui la préfère à Kayo, sa petite-fille et son héritière naturelle…

Chaque drame est ponctué par la perte d’un être cher mais aussi par la dépossession d’un objet symbolique : la pièce de monnaie puis l’harmonica offert par Shunsaku… C’est à croire que les scénaristes aient voulu s’acharner sur ce personnage… mais rien n’est moins vrai puisque la série est inspirée d’un récit autobiographique qui s’étire sur près de 80 ans. Oshin est donc un témoignage romancé de la condition féminine du Japon du début du siècle aux années 1980. Et c’est là qu’on frissonne. On savait que la société japonaise actuelle était l’héritière de codes féodaux, on s’imaginait facilement que certaines régions non urbaines étaient autrefois en proie à la disette… Mais l’enfance d’Oshin fait froid dans le dos… Difficile aujourd’hui d’adhérer à la morale qui parcourt tout le film (répétée à l’envi par les matriarches): « une femme ne vit pas pour elle-même, elle vit pour ses parents, ses époux, ses enfants. » Pourtant, Oshin nous rappelle que pour comprendre l’évolution d’une société, on ne doit pas juger le passé au regard du présent (l’une des erreurs les plus courantes dans nos sociétés occidentales immergées dans un présent qui oblitère tout rapport réflexif et apaisé au passé) mais accepter d’être confronté à des réalités différentes… C’est justement ce que fait Oshin et ce n’est pas le moindre des mérites du film.

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