Une Question de Vie ou de Mort

 Une Question de Vie et de Mort  est le dernier film produit par le Ministère de l’Information que tournèrent Powell et Pressburger. Il devait célébrer l’entente anglo-américaine au sortir de la guerre.

Quoiqu’il n’y paraisse pas, justement à cause de tant de films de guerre, Powell a toujours été attiré par le fantastique, a toujours pensé que le cinéma était un art de l’illusion et de la fantasmagorie. Il écrira dans son autobiographie « les films documentaires transforment la poésie en prose. » Du Voyeur , dont on a plus qu’exagéré la perversité, comme si les reproches que le film avait essuyées à l’époque étaient parfaitement fondées et légitimes, Powell voyait lui une « rêverie », un film de symboles et d’intimité. Le sordide, le vérisme, ne l’ont jamais attiré.

Avec Une Question de Vie ou de Mort , il s’enthousiasme à l’idée d’une histoire surréaliste, mettant en scène l’au-delà et l’ici-bas, confrontant le noir et blanc et la couleur selon qu’on est du côté de la vie ou de la mort.

Le film raconte l’histoire d’un aviateur ( David Niven ) sur le point de se briser en mer qui passe un dernier appel radio. Dans ce moment étrange, de mort inéluctable et imminente, se noue un dialogue entre l’aviateur – héroïque et détaché – et l’opératrice radio ( Kim Hunter ) qui reçoit l’appel. Ils tombent amoureux. L’avion se crashe. Le hasard – en fait le fog anglais – fait que l’aviateur ne se rend pas au paradis – l’émissaire céleste missionné pour accompagner les morts dans leur nouvelle existence ne le trouve pas – et bénéficie d’un sursis terrestre qui lui permettra de rencontrer l’opératrice. De là se construit tout une problématique où il est sollicité par en haut où est sa place, retenue par en bas où il veut rester.

Le film met en scène une bureaucratie de l’au-delà, régulatrice et ennuyeuse, idée classique – Lubistch l’avait déjà utilisée dans Le Ciel Peut Attendre quelques années plus tôt – qui donne des scènes de comédie pas toujours très drôles. Pourtant, aujourd’hui encore on ne se lasse pas d’imaginer un enfer de fonctionnaires, obsédés du recensement et des nomenclatures.

Le clou du film est le procès céleste au cours duquel doit se juger l’amour que porte l’aviateur envers l’opératrice. S’il est authentique, il pourra rester sur Terre, s’il est superficiel il devra quitter le monde des vivants. Précisons ici que l’aviateur est anglais et l’opératrice américaine, de même de la défense et de l’accusation ; c’est comme ça que Powell et Pressburger retombent sur leur pieds et s’accordent aux exigences de leur commanditaire. Cette séquence, assez longue, surréaliste, est, il faut bien le dire, un peu laborieuse. De trouver vouloir en dire, de trop vouloir jouer sur les signes, Powell et Pressburger s’égarent. Sans doute peut-on y déceler insinuations, double-sens, et clins d’oeils entendus, mais la démonstration finit par prendre le pas sur le narration.

Ce film est pourtant un de ceux que Powell préférait.

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