Salon de l’édition DVD indépendante

Les 7 et 8 décembre se tiendra le Salon de l’Edition DVD Indépendante au cinéma La Clef. Ce salon réunit 12 éditeurs DVD indépendants, avec un très large catalogue de films proposés. Entre fiction, documentaire et animation, tous les cinémas seront représentés. L’occasion de mettre en lumière le travail souvent méconnu des éditeurs DVD.

 

Pour approfondir la question de l’édition DVD et le rôle d’un tel festival, Cinémapolis a rencontré Thomas Tertois, président et organisateur du Salon de l’Edition DVD Indépendante.



Les 7 et 8 décembre prochains se tiendra le 2e Salon de l’Edition DVD Indépendante. Comment ce projet est-il né ?

L’an passé, ça s’appelait Petit Salon de l’Edition DVD Engagée du Monde . On était sur une thématique plus spécifique, on avait invité des éditeurs et des associations qui travaillaient sur des problématiques plus précises. Cette année, on a fait le choix d’élargir en englobant l’ensemble des éditeurs DVD indépendants, en se tournant davantage vers la fiction, le cinéma d’auteur et le film d’animation.

L’idée est venue de tous ces salons artisanaux au moment de noël. La problématique principale que rencontrent les éditeurs est celle de la visibilité, notamment dans la grande distribution où leur travail est noyé parmi des productions plus commerciales. Il y a un véritable besoin de visibilité ; la grande distribution est sur une logique différente et certains films comme les documentaires ne l’intéressent pas du tout, donc ils ne vont pas être mis en avant dans les têtes de gondoles, voire pas distribués du tout. Ces films doivent être mis en avant par d’autres moyens : des médiathèques, des librairies font un très bon travail pour rendre visible ces films là ; ce salon est un autre moyen de le faire.


Quand on entend édition “indépendante???, on pense tout de suite à des films fragiles, qui ont peu de visibilité en salles. Pourtant, on retrouve quand même plusieurs succès publics, comme Melancholia , édité par Potemkine, ou Tamasa qui réedite des grands classiques.
Qu’entendez-vous par édition indépendante ?

En fait ce qu’on entend par éditeur indépendant, d’un point de vue général et tel que défini par le CNC, ce sont des éditeurs qui ne sont pas liés à des chaînes de télévision.
Parmi les éditeurs présents au Salon il y a des sociétés de production, comme les Mutins de Pangée et CP productions, qui réalisent des documentaires et qui se sont mis à les distribuer puis à éditer leurs propres DVD. Zaradoc est aussi une société de production documentaire, plutôt orientée vers la télévision, qui a un gros catalogue DVD autour de questions sociétales ou culturelles. Il y a aussi des distributeurs cinéma qui font de l’édition DVD comme KMBO, et il y a ceux qui sont vraiment spécialisés dans l’édition DVD, qui peuvent avoir des sorties ciné mais de façon très occasionnelle, comme Dorian films, K-films et Blaq Out.


Comment se déroule le Salon ? C’est une rencontre avec le public, mais aussi interprofessionnelle non ?

Oui c’est une rencontre avec le public, cela passe aussi par des projections. Blaq Out ressort un film qui s’appelle Candy moutain , un très beau film de Robert Frank en 1987. C’est un road movie qui suit une personne à la recherche d’un artisan qui fait des guitares magnifiques. Il y a une rencontre avec le public – c’est d’ailleurs la seule projection en salles de cette réédition – et avec le producteur puisque c’était une coproduction française.
Mais effectivement, de manière informelle, le Salon permet aussi des rencontres professionnelles. Il y a vraiment différents niveaux d’édition. Certains éditeurs ont un petit catalogue avec une dizaine de DVD, et d’autres comme Potemkine ou Blaq Out ont une centaine de DVD à leur catalogue. Ils ont tous des pratiques très différentes donc c’est l’occasion de discuter des questions de distribution, de promotion, de s’échanger des infos. On avait envisagé faire des conférences mais le lieu ne s’y prête pas, on a que la salle polyvalente à notre disposition.


Comment s’est fait le choix des 12 éditeurs présents ?

On a voulu avoir une sorte de panorama. En France, le nombre d’éditeurs est très élevé ; comme au cinéma La Clef l’espace est réduit, on a fait le choix de prendre ces 12 éditeurs car chacun représentait un secteur. On a aussi essayé d’avoir plusieurs styles, cela va du documentaire représenté par Zaradoc, les Mutins de Pangée et CP productions à de la fiction (Potemkine), en passant par des films de répertoire (Tamada) et des productions très récentes, comme Melancholia (Potemkine) ou Louise Wimmer (Blaq Out). On aurait aimé en inviter davantage mais l’espace ne nous le permettait pas.


Pensez-vous le salon comme une manière de soutenir l’édition DVD à l’heure du numérique ? Pensez-vous qu’il est important de garder le support DVD ?

A un niveau général les ventes de DVD sont en chute assez importante. Les chiffres du CNC sont aux alentours de -10% par an, il y a effectivement une transition qui se fait vers la VOD et vers le téléchargement illégal, qui y est pour beaucoup dans les chutes des ventes.

Je ne sais pas quel est l’avenir du DVD : je pense qu’il va continuer à exister même s’il va aussi continuer à péricliter. Il y a toujours ce travail de passionnés, d’artisans ; on a envie de faire découvrir des choses. Ces distributeurs, ces producteurs, ces éditeurs voient des films dans les festivals et ils ont envie de les faire partager, ou de faire redécouvrir des vieux films oubliés, ou qui ne sont plus visibles. Il y aura toujours cette passion et cette envie, même si d’un point de vue économique, ce n’est pas très rentable, voire pas rentable du tout. Le coté objet est important aussi : tout comme la télévision n’a pas remplacé la radio, je ne pense pas que la VOD va remplacer le DVD.
Cela va devenir un marché de “niche???. Les éditions Montparnasse par exemple sont clairement sur des éditions spécifiques autour du documentaire et ils se sont beaucoup élargis depuis. Je crois que leurs ventes ne périclitent pas autant que les éditeurs des grandes machines commerciales.
Il y a aussi le travail que font les éditeurs autour de l’objet DVD, il y a parfois des éditions magnifique comme par exemple l’édition DVD des Mutins de Pangée sur un livre DVD autour de Afrique 50 de René Vautier, premier film anticolonialiste : c’est un beau travail graphique, le contenu du livre est extrêmement intéressant. Les gens sont à la recherche de beaux objets. Je pense qu’il faut se tourner vers ça, faire de belles éditions. Les éditions Potemkine ont sorti un coffret magnifique autour des films de Rohmer avec plein de bonus et un livret. Ça coûte cher, mais c’est un bel objet qui vise un public particulier.


Justement, quel public visez-vous pour votre Salon ?

Bien sûr, on vise un public le plus large possible. Après on sait que c’est plutôt un public cinéphile, intéressé par le cinéma d’auteur, plutôt curieux, pas rétif à la version originale ; c’est le public des salles de cinéma d’art et essai.
Il y avait eu 500 personnes l’an dernier, on espère avoir encore un peu plus de monde cette année. L’ambiance était très bonne, très conviviale. On organise une dégustation de vins, et une association viendra préparer à manger en fin de journée. L’idée est aussi de passer un bon moment ensemble !

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