Les garçons et Guillaume, à table !

La question du genre ; une question bien épineuse. Car si la mode cinématographique est à la mise en scène de l’orientation sexuelle, la question du genre est bien moins souvent – si ce n’est jamais – abordée. La première élément que l’on peut reconnaître au premier film de Guillaume Gallienne,  Les Garçons et Guillaume à table , est qu’il n’hésite pas à aborder le sujet de front. Il met en scène sa propre histoire, racontant les anecdotes et les questionnements qui ont bercé son enfance, son adolescence et le début de sa vie adulte.

Film schizophrénique drôle et juste, Guillaume Gallienne se recentre sur lui pour mieux s’analyser et en représenter les différentes facettes. Il joue sur le comique de répétition et sur la réaction face à son identité. Le comique est inégal, parfois un peu trop lourd, comme lors de la scène où il est exempté de service militaire. Mais c’est avec la légèreté de l’humour qu’il pose la question du genre, tandis que son entourage discute de son identité sexuelle. Est-il femme ou homme ? Lui se sent très naïvement femme, jusqu’au jour où sa mère lui fait remarquer qu’aimer les hommes fait de lui un homosexuel. Guillaume discute le terme ; s’il est une fille, quoi de plus hétéro que d’aimer les hommes ? Car il se sent femme. De sa manière de marcher à sa façon de parler, de ses déguisements de princesse à l’écharpe qu’il jette négligemment sur son épaule, tout en lui inspire la féminité. Il voue une telle admiration aux femmes qu’il désire plus que tout leur ressembler. Il imite donc la femme la plus proche ; sa mère. Il cherche alors à démarrer une vie homosexuelle qui, finalement, ne lui correspondra pas. C’est la phrase de l’une des tantes qui résumera assez bien l’inanité de sa quête ; « si tu tombes amoureux d’un garçon, tu es homo, si tu tombes amoureux d’une fille, tu es hétéro. »

Mise en scène ; le mot prend pour ce film tout son sens. Car Guillaume se raconte à travers trois personnages, trois points de vue. Il met en abîme sa propre mise en scène, se filmant lors de son spectacle, lors duquel il raconte son histoire. Il annonce d’ailleurs ce jeu de miroirs et de personnages dès le début. Il se démaquille avant d’entrer sur scène. Il laisse tomber les masques pour en revêtir de nouveaux, mais c’est peut être précisément en pleine lumière, du haut de son estrade, que Guillaume Gallienne va nous conter sa vérité.
Il incarne d’abord un personnage qui serait en dehors de la fiction narrée, un Guillaume qui monte sur scène pour raconter son histoire. La scène du stand-up instaure une sorte d’espace-temps zéro, qui lance à la fois la fiction tout en la commentant. Il laisse alors la place au Guillaume raconté, celui qui se cherche encore alors que son entourage pense l’avoir trouvé. Le troisième personnage est celui de la mère, toujours incarné par le même Gallienne. Impressionnant de vérité, il nous prouve ce qu’il répète sans cesse, « j’imite très bien ma mère ». La « vraie » mère, elle, apparaît à la fin, à l’occasion d’une tirade de Guillaume sur le rôle qu’elle aura eu dans sa vie et celui qu’elle aura toujours.
Émouvant quoique trop mélodramatique (mais après tout, comme l’est le personnage de Guillaume), cette tirade annonce la réconciliation du passé avec le présent de narration ; Guillaume nous a raconté son histoire, sa quête, son aboutissement. Enfin dissociée physiquement de son fils, la mère écoute attentivement Guillaume ; les spectateurs la pense être la vraie mère de Guillaume Gallienne. Mais il s’agit d’un autre personnage – au même titre que tous les autres, joué par l’actrice Françoise Lépine. Même au niveau du spectacle, que l’on pouvait penser être le témoin de la narration, Guillaume Gallienne nous prouve que tout est jeu de mise en scène, se plaisant à jouer avec les limites de la fiction et de l’autobiographie.

Toutes ces mises en scène en font un film très égotiste et autocentré. C’est là que le film pèche ; un peu plus d’ouverture n’aurait pas été de trop face à ce conte dont les trois personnages principaux n’en sont en fait qu’un seul et unique. Ajoutons à cela le jeu de Guillaume Gallienne, très maniéré et exagéré, et le film en devient un peu étouffant. S’il est intéressant de voir enfin un film qui aborde le genre, il est dommage qu’il le soit par un personnage si maniéré et plein de clichés. On aurait aimé que le personnage s’affranchisse davantage de l’apparence pour aller questionner un peu plus profondément ce qu’est être femme ou homme, dépassant l’apparence physique. Les Garçons et Guillaume à table est donc un film novateur, drôle, juste et touchant, mais espérons que son prochain film saura questionner au-delà des apparences en invitant d’autres personnages à la table de Gallienne.

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