Il était une forêt

Pari osé que celui de réaliser un documentaire grand public sur le monde végétal. Luc Jacquet, en collaboration avec le grand botaniste Francis Hallé, signe un film étonnant sur les forêts tropicales, rarement abordées sous cet angle.

Douce diatribe sur la déforestation, Il était une forêt nous embarque pour un voyage au cœur d’un monde végétal étonnamment dynamique. Peu d’envolées lyriques, peu de discours nostalgiques ; le film prend un ton professoral qui aurait gardé une part d’étonnement naïf. Le commentaire docte du film se veut contrebalancé par les illustrations modélisées de plantes et d’arbres accélérant leur course vertigineuse vers la canopée. Si l’idée de départ était, à juste titre, de donner un rythme au film, ces illustrations sont trop nombreuses, trop colorées : que ce soient les modélisations 3D ou les papillons dessinés qui virevoltent autour de Francis Hallé, ces plantes faites de pixels nous entraînent un peu trop loin dans l’univers féerique du conte. Mélange étrange qui, sous prétexte d’illustrer le propos de manière dynamique, a une certaine tendance à infantiliser son public et fictionnaliser le propos.

C’est précisément ce penchant pour le conte qui peut faire débat ; certes, une poésie toute florale émane du film. Mais la scénarisation va parfois trop loin. Certes, les arbres sont des êtres vivants. De là à leur prêter des intentions proches de la sournoiserie et du calcul tactique, n’y a-t-il pas un léger anthropocentrisme malencontreux ? Les arbres utiliseraient ainsi l’espèce animale, se jouant d’eux, afin « d’accomplir l’acte d’amour » (!) selon les termes mêmes du film. Ils communiqueraient entre eux par des odeurs et retiendraient les nuages afin de bénéficier de la précieuse eau pluviale. Il n’est pas ici question d’une remise en cause de l’aspect scientifique et botanique du sujet ; mais il semble que le scénario et la mise en scène anthropomorphisent un peu trop les faits.
Dommage, le pari d’un film sur la vie d’une forêt tropicale aurait été bien plus réussi sans prêter aux végétaux toutes ces intentions humaines. Etait-il bien nécessaire de représenter le « dialogue » des arbres par cette multitude de voix chuchotantes et ce scintillement d’étoiles lumineuses et colorées ?

Il était une forêt est filmé tout à la verticale ; par des allers-retours le long des troncs, des racines aux cimes, de la terre à la canopée, le cinéaste filme le souffle vital de la forêt. Du très petit au très grand, le film met tout les éléments à la même échelle, leur accordant autant d’importance qu’ils en ont dans la grande chaîne du poumon vert. Les fourmis apparaissent aussi grandes à l’écran que Francis Hallé ; ce dernier ne nous accompagne pas physiquement dans ce voyage, laissant à la végétation le premier rôle à l’image. C’est par sa voix douce et mélodieuse qu’il nous entraîne vers ce voyage hors du temps. Cette voix narratrice participe grandement de l’aspect féerique du film ; l’histoire devient conte, comme le préfigurait le titre.

L’aspect féerique en gênera certains, plaira à d’autres ; il reste à mon sens trop fictionnalisé pour apporter un réel débat et une prise de conscience militantiste. Si là n’est pas le but visé, était-il nécessaire d’esquisser d’une manière si manichéenne le combat des hommes (forcément braconniers) VS la forêt ? Il était une forêt est l’un de ces beaux films : une voix douce qui nous conte une histoire intemporelle, poétique, des plans à couper le souffle, une jolie musique composée pour ses images. Certains apprécieront le coté grand public (un joli film didactique à voir en famille), d’autres regretteront la fadeur d’un engagement écologique pourtant prometteur et propice au film.

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