Inside Llewyn Davis

Ballade au coeur du New-York des années folk, le nouveau film des frères Coen nous transporte dans un univers bien particulier. Ce monde, c’est celui de Llewyn Davis, musicien qui traine sa guitare de bar en bar et son désarroi de porte en porte. Sans domicile, il erre chez des amis qui n’en sont plus vraiment, déambule dans les rues grises de la ville. Le chat qu’il adopte pourtant malgré lui semble être le seul interlocuteur avec lequel il parvient à établir un contact qui ne soit pas fondé sur la confrontation et le conflit. Inside Llewyn Davis va à contre-sens du tableau parfait du guitariste bohème, détaché qui a tout plaqué pour la musique. Car Llewyn Davis, en plus de son sac et sa guitare, ne quitte jamais sa moue sombre et son regard désabusé.

Les séquences musicales sont les piliers du film sur lesquels il se construit. Bercé par un rythme lent, tout en douceur, les frères Coen parviennent à rendre le ton si particulier de la musique folk à travers leur mise en scène et un montage auquel ils ne nous ont pas habitués. Une image qui reflète le personnage ; vaporeuse et grise mais pourtant prenante et profonde. La lumière est diffuse, matérialisée par la poussière qui embrume et adoucit la scène. Une faible profondeur de champ vient renforcer cette impression, coupant Llewyn du reste du monde, matérialisant la bulle qu’il s’est créé, le monde dans lequel il vit. Inside Llewyn Davis ; le titre fait bien référence à l’album du personnage, mais également au film lui-même, qui constitue une plongée au cœur de ce personnage étonnant.

Les poches vides, le cœur lourd, le regard fatigué mais les doigts pleins de magie, il manque à Llewyn Davis le charisme attendu d’un personnage principal. Peu importe, c’est sur cette platitude que fonctionne le film ; les frères Coen transcendent la banalité du personnage, subliment sa médiocrité. Ils réalisent un tableau onirique et nostalgique de la scène folk new-yorkaise du début des années 60, avec des couleurs froides et désaturées qui se conforment à l’hiver dépeint.

Voyage sans fin, le film fondé sur l’errance est pourtant impeccablement construit ; avec pour motif l’éternel retour, il va de boucle en boucle, de la scène d’ouverte à celle de fin, rythmé par les réveils confus de Llewyn, les passages dans les rues habitées par un froid mordant, les coups de sonnettes humiliants aux portes d’amis.
Mais au travers de ces paysages cotonneux, les frères Coen impulsent un certain relief par le comique de l’absurde. On retrouve ici leur signature, les frères Coen parvenant à rendre sombre et tranchant un film duquel se dégage une certaine douceur, atteignant la balance parfaite entre noirceur et ironie, entre tragédie et comédie.

Un chat roux notamment, devient fil d’Ariane et élément principal du comique burlesque du film. Llewyn est réveillé plusieurs fois par le félin, qu’il laisse malencontreusement s’échapper de l’appartement. Il cherchera le chat, le perdra, le retrouvera maintes fois au long du film. C’est à la fin que l’animal dévoile son rôle de guide, lorsque Llewyn apprendra, un peu tard, le nom du chat ; Ulysse. Mais Llewyn a déjà fait le choix de voguer seul sur les eaux troubles de la vie.

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