Attila Marcel

Attila Marcel est un film d’une poésie et d’une originalité rares.
Paul est élevé par ses deux tantes pour le moins envahissantes depuis la mort de ses parents lorsqu’il avait deux ans. Présent lors du drame, il a tout oublié et s’est enfermé dans un mutisme complet. Mais c’était sans compter la voisine du 4e, une folle-dingue aux allures de SDF, qui fait pousser un potager dans son appartement et propose des tisanes magiques pour ranimer les souvenirs.

Sylvain Chomet ( Les Triplettes de Belleville, l’Illusionniste ) passe pour la première fois de l’animation à la prise de vues réelles pour un long métrage : même sans ses crayons, son univers à part est reconnaissable, avec une galerie de personnages tous plus loufoques les uns que les autres.

Chose rare, le réalisateur avait trouvé le titre du film avant d’écrire son scénario et de savoir exactement de quoi il en retournerait ! Attila Marcel, c’est une chanson parodique d’un air d’Edith Piaf, écrite pour Les Triplettes de Belleville , qui parle d’un gros costaud qui frappe sa femme. Pour son premier long métrage avec de véritables acteurs, Sylvain Chomet s’inscrit dans la continuité de ses films d’animation. On retrouve le même travail de contrastes qui le caractérise. Comme dans Les Triplettes de Belleville où les personnages jouaient en opposition, les protagonistes d’ Attila Marcel se répondent les uns aux autres. D’un côté, le mutique trentenaire Paul a son poison, ses deux tantes (dont une jouée par Bernadette Lafont, qui offre là son dernier rôle tout en grâce) qui l’étouffent en l’infantilisant et en voulant à tout prix faire de lui un virtuose du piano. De l’autre, l’expressif Paul découvre son antidote en la personne de Madame Proust, sa voisine, qui lui propose des décoctions pour réveiller les souvenirs, faites à base de légumes qui poussent dans son appartement en plein cœur de la ville. Des potions au goût infect qui passe mieux avec la madeleine préparée par la dame Proust (toute ressemblance avec un certain Marcel Proust est fortuite…)

Comme dans tous les films de Sylvain Chomet, la musique a un rôle primordial. Les tisanes ne font ressurgir les souvenirs qu’avec une musique évocatrice. Des mélodies reviennent ainsi régulièrement ponctuer le film, lui donnant tout son rythme.

Autre jeu sur les oppositions : Paul est pianiste, conformément au désir de ses tantes, mais il n’y prend pas de plaisir. Il en joue de manière mécanique, appuyant invariablement sur les touches entre deux ingurgitations de chouquettes. Mme Proust, pour sa part, joue du ukulélé, et c’est par le biais de cet instrument qui contraste avec la noblesse du piano, qu’il la remarque pour la première fois.

Les films d’animation de Chomet étaient muets, mettre des mots sur son univers était un véritable défi. Pari relevé, les dialogues sont fins, plein d’un humour cynique- un peu british – en parfait accord avec le monde plein d’étrangeté du réalisateur.
Ces dialogues plein de répondants et l’univers posé créent peu à peu un suspense à ce film difficile à classer.

Paul est attachant, la caméra se pose souvent à sa hauteur pour se mettre de son point de vue, pour tenter de pénétrer dans son intériorité, si bien que le spectateur est tout comme lui désireux de comprendre ce qu’il s’est passé le fameux soir de la mort de ses parents. Il fait plein d’hypothèses … et pourtant, sera surpris – agréablement – par un dénouement final plein de loufoqueries. Avec une pointe de tragique…

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