Sâdhu

Le film suit le parcours de Suraj Baba, un  sâdhu , qui s’est retiré pendant 8 ans dans une grotte des montagnes himalayennes près de la source du Gange. Il décide de sortir de sa retraite pour faire le pèlerinage de la  Khumba Mela .

La Khumba Mela réunit quelque chose comme 70 000 000 de pèlerins tous les 3 ans ; elle se déroule dans 4 villes saintes ; l’une après l’autre elles sont investies selon ce calendrier trisannuel. Les pèlerins vont se baigner dans le Gange qu’ils considèrent sacré. C’est une curieuse congrégation de mendiants, fantastique par sa taille, inquiétante aussi ; les sadhûs renoncent à tout, vivent de ce qu’on leur donne ; mais, étrangement parmi les taudis de fortune où ils s’installent tous, ils se questionnent, se mesurent, et se livrent à la concurrence de celui qui pratique l’ascèse la plus rigoureuse. Mon guru ne dort pas, il mange moins que toi, etc… Baba quittera, déçu, la Khumba Mela pour poursuivre son pèlerinage dans les Lacs Sacrés du Tibet.

Gaël Métroz suit cet homme étrange (et profondément sympathique) dans son chemin religieux. Il y a une fascination bien occidentale dans sa démarche. Le sentiment que quelque chose de disparu chez nous soit présent ailleurs fait se projeter beaucoup de fantasmes sur la spiritualité, la vraie nature de l’être, le sens de la vie.

La spiritualité est une discipline du corps, non pas une élévation des choses de l’esprit. C’est refuser l’empire du corps, du soma, refuser de se soumettre à sa tyrannie, c’est lui imposer sa volonté. Cela exige une série de pratiques dont l’objet est d’ignorer ses besoins physiques, ses souffrances, ses désirs ; c’est faire en sorte que le corps ne décide d’aucune initiative. Que tout cela conduise à une harmonie avec les choses célestes, c’est un terrain sur lequel nous n’irons pas. Une paix intérieure ? Pas plus. Suraj Baba en témoigne lui-même ; il faut être déterminé pour vivre en ermite, avoir une résolution ferme, la certitude d’être dans le vrai, et pourtant, à chaque seconde le doute torture. Où cela mène-t-il ? Nulle part, certainement.

A la vérité Suraj Baba donne l’image d’un homme égaré, à la recherche éternel de quelque chose qu’il ne trouvera parce que, dans le fond, cette chose n’existe pas. Mais c’est aussi ce qui le rend touchant. Le contraste entre le choix de vie extrême que cet homme a adopté et une attitude parfois légère ne cesse de surprendre. Il a un rire enfantin, une simplicité. Plus jeune il a fait partie d’un groupe de rock – on l’entend souvent fredonner des airs occidentaux ; certains typiques du mouvement hippie dans un retournement de l’Histoire à la limite de l’absurde – Within You Without You  pour citer un exemple; c’est l’Inde des Beatles qui a déteint sur l’Inde des sâdhus .

A la fin du film, à plus de 6000 mètres de hauteur, au terme du pèlerinage, Baba explique son dilemme à Métroz : soit, retourner à Gangotri – où se trouve la grotte dans laquelle il a passé 8 ans – et s’y reclure définitivement, soit abandonner son ermitage pour aller s’installer et vivre avec une femme. Alors, on voudrait lui dire : Suraj Baba, ne renonce pas à la vie.

Titre : Sâdhu

Réalisation : Gaël Métroz

Date de sortie : 06/11/2013

Distribution & Crédit Photos : Urban Distribution

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