Voyage Au Bout de l’Enfer

Voyage Au Bout de l’Enfer   est d’un pessimisme effarant. Cela apparaît avec encore plus de netteté aujourd’hui en le revoyant ( il ressort en salles mercredi prochain ) avec le recul et la distance.

Le film est divisible en 3 parties : une 1ère, souvent jugée longue, qui montre un groupe d’amis. Ce sont des immigrés russes ; tous travaillent dans la même usine ; ils partagent une camaraderie propre aux ouvriers, ainsi qu’une solidarité communautaire.
En fait cette partie ( sortie en bar, fête du mariage, chasse au cerf ) témoigne surtout du désir de réinventer la mise en scène propre à cette période et à la génération de cinéastes à laquelle appartient Cimino. La construction dramatique est reléguée à l’arrière-plan  – c’est parce que l’histoire n’avance pas qu’on la considère longue – mais Cimino fait exister ses personnages. Ils dépensent toute leur jeunesse, leur énergie dans un travail éreintant, se défoulent dans les bars, s’épuisent dans une sorte de frénésie et d’insouciance ; tout ça avant que le Vietnam n’emporte tout et les laisse exsangues, vides. On peut suivre toutes ces scènes sans suivre aucun des dialogues, ou en manquant, ils sont, à vrai dire, strictement illustratifs. Sans doute d’ailleurs ont-ils été en partie improvisés.

La 2nde, la plus courte, montre le Vietnam. Elle s’ouvre sur un plan de De Niro, muni d’un lance-flammes, jeté dans la fureur de la guerre. C’est ensuite la capture, la célèbre séquence de roulette russe, et l’évasion du camp de prisonniers.
La polémique survenue pendant le festival de Berlin en février 79 paraît aujourd’hui un peu anachronique ; elle l’est d’ailleurs, en ce sens où c’est le contexte de la Guerre Froide qui l’a engendrée. Les exactions pendant la Guerre ont été si nombreuses que la fiction pouvait se permettre d’inventer une telle scène. Les films ultérieurs tournés sur le Vietnam allaient enchérir.

Et la 3e, le retour aux Etats-Unis. Des 3 qui sont partis, l’un est incapable de retrouver une vie sociale normale – De Niro ne quitte jamais ses vêtements militaires, se cache à son retour pour n’être vu que de Meryl Streep – l’autre est amputé de ses 2 jambes et préfère vivre dans un hôpital que jamais revoir ses proches, le dernier est resté à Saïgon où il revit cycliquement le même trauma. Pire que la violence du 2nd acte, c’est dans ce dernier que le film est le plus profondément décourageant. Ils ont réchappé à l’Enfer, ils ne réchappent pas au Purgatoire : ce sont des fantômes, ils hantent la vie de leurs anciens amis, ils hantent leur propre passé, ils vivent sans vivre, comme des ombres, ils flottent . Il n’y a pas d’espoir, pas de reconstruction ; même douloureuse, même difficile ; rien.

On a dit que c’était un film qui condamnait l’engagement des américains dans la Guerre du Vietnam, mais était-il possible de retirer quoique ce soit de positif en 77 quand le film fut tourné, 2 ans après la fin du Conflit ? Cimino laisse surtout exprimer l’écoeurement des américains à la fin de cette guerre interminable. Trop d’images, de couverture médiatique, de compte-rendus négatifs, de crimes, de protestations. Les boys ne revinrent pas fringants comme ils revinrent en 45.

Le film se clôt sur une image montrant tous les amis réunis en train de chanter God Bless America . Ils ont bu la coupe jusqu’à la lie, dans l’ingratitude du travail, du service militaire, et pourtant ils continuent de chanter leur reconnaissance envers leur gouvernement, d’honorer une étrange dette morale. Pathétique humilité que celle de ces hommes et de ces femmes à laquelle Cimino veut nous faire compatir.

Titre : The Deer Hunter

Réalisation : Michael Cimino

Interprétation : Robert De Niro, Christopher Walken, John Savage, Meryl Streep

Date de ressortie : 23/10/2013

Année de sortie originale : 1979

Distribution et crédit photos : Carlotta Films

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