James Franco : l’inclassable.

A deux semaines d’intervalles sortent deux films avec James Franco: le potache C’est la fin et l’adaptation du roman -jugé inadaptable- de William Faulkner As I lay dying (Tandis que j’agonise). L’acteur caméléon nous a depuis longtemps habitués à ces écarts entre un cinéma populaire et des œuvres plus hermétiques. Franco ne se contente pas de jouer, il réalise également; As I Lay dying est son premier long-métrage « académique » après une incursion remarquée dans le SM avec Interior. Leather bar, présenté à Berlin, et le documentaire réaliste Kink qu’il a produit…sans compter les innombrables films qu’il a signés comme étudiant…

Car l’acteur qui a interprété le rôle du magicien-arnaqueur dans Le Monde Fantastique d’Oz , superproduction de Sam Raimi , qui s’est fait un nom en participant à la franchise Spiderman comme personnage récurrent, trouve encore le temps d’étudier la littérature à la prestigieuse université de Yale . Franco: un boulimique de travail, un touche à tout dilettante, un poseur imposteur ?

James Franco dans Le Monde Fantastique d’Oz

Presque tout a été écrit sur Franco. L’acteur-réalisateur-doctorant en littérature énerve, inquiète, fascine, déclenche l’hystérie ou suscite le rejet. A tel point que son directeur de recherche, John Williams, a récemment pris sa défense dans les colonnes de [Slate Magazine->http://www.slate.com/articles/arts/culturebox/2011/12/james_franco_at_yale_franco_s_professor_speaks_.2.html] L’enseignant prend très à cœur de préciser que lors des tournages, James Franco tire profit des moments réservés aux aspects techniques pour faire ses devoirs ou approfondir ses lectures. Williams sait de quoi il parle, il a fait le voyage jusqu’à Détroit pour rencontrer Franco sur le set d’Oz où une pile de bouquins étaient disséminés aux quatre coins des décors. Il paraît même que dans le creux du célèbre rocher qui emprisonnait le bras de l’acteur dans [127 heures->http://www.cinemapolis.info/399-127-heures.html] on trouvait des copies-doubles et un stylo…

James dans 127 heures: l’histoire d’un fan d’escalade qui frôle la mort dans les canyons de l’Utah

Si Franco s’est attaché la sympathie de son prof -on peut se demander en échange de quoi, après tout, le cinéma peut aussi faire rêver les universitaires sérieux- sa récente participation dans le déjanté C’est la fin ne va pas vraiment redorer son blason d’intellectuel… à moins que le spectateur, entre deux fous rires ou regards de consternation, ne lise entre les lignes ou plutôt ne fasse le lien entre les apparitions de Franco dans ce teenage movie apocalyptique et son personnage médiatique palimpseste.

C’est la fin, un casting d’enfer : James Franco, Seth Rogen, Jay Baruchel, Craig Robinson, Jonah Hill…

C’est la fin est ce qu’on a coutume d’appeler un film de potes (un buddy movie). Les nanas sont réduites à une présence minimale et archétypale: la bombe sexy ( Rihanna , dégommée au début du film) ou l’étrangère intello et, mine de rien, costaud (la British Emma Watson qui sait manier la hache !) Toute l’action est resserrée autour d’une bande d’amis, pas très futés, mais célèbres, les acteurs James Franco (génial en propriétaire arrogant féru d’art contemporain), Seth Rogen qui essaie de faire apprécier -en vain- le style Los Angeles à l’angoissé Jay Baruchel , très drôle aussi, Craig Robinson (le nounours noir que tout le monde aime) et Jonah Hill -qu’on devra exorciser dans un vrai-faux remake débile de l’Exorciste…

Cette petite bande est réunie chez James Franco (qui joue son propre rôle comme le reste du cast) pour une petite soirée qui vire au drame…car dehors, à l’extérieur de la forteresse arty de Franco, c’est l’Apocalypse même si personne ne veut croire Jay. Le film est une série de gags -plus ou moins réussis, jamais très fins- qui cultive un sens de l’auto-dérision jubilatoire. C’est la fin est moins un film d’horreur gore (le spectateur en aura quand même pour son argent) qu’une parodie de ce qui est censé être la vie de jeunes acteurs dans le vent. Tout le monde joue le jeu, y compris Michael Cera ( Juno , Scot Pilgrim , Super Grave écrit par Seth Rogen), qui apparaît sous des traits peu flatteurs, comme un cocaïnomane crâneur et lourdaud dont tout le monde aimerait se débarrasser…

Michael Cera: grâce à l’Apocalypse, on va enfin se débarrasser de lui !

Et James Franco dans tout cela ? Eh bien, il n’échappe pas à la mise en abîme parodique mais il repousse les limites de cet exercice de style. Quasiment toutes ses apparitions sont des clins d’œil aux différents personnages qu’il a incarnés dans le passé: le dealer Saul dans Délire Express (réalisé…par Seth Rogen) ou l’escaladeur de 127 heures via la reprise du procédé technique utilisé dans le film avec les apartés à la caméra.

Mais là où Franco surpasse ses partenaires de jeu, c’est dans son aplomb à jouer avec toutes les rumeurs qu’alimente son personnage médiatique. Franco, un faux intello poseur ? Sa décoration est un condensé de ce qu’on peut faire de pire en art contemporain. Franco gay ? A son CV, il peut ajouter la réalisation de biopics sur le poète torturé Hart Crane et sur Sal Mineo (partenaire de James Dean dans la Fureur de Vivre). Dans le prochain film d’Ondi Timoner (réalisatrice de Dig!), il interprètera le rôle de Robert Mapplethorpe , photographe gay, un temps compagnon de la chanteuse Patti Smith, et célèbre pour ses photos de nus masculins SM. Dans C’est la fin , les allusions à l’homosexualité de Franco ne manquent pas et son amitié pour Seth laisse planer le doute… Le ton parodique de ces séquences ne permet pas de découvrir la vérité sur la vie sexuelle de l’acteur mais on sent qu’il s’amuse beaucoup et nous avec.

James Franco dans The Broken Tower, le biopic qu’il a consacré à Hart Crane.

Le mystère Franco reste donc entier : l’acteur continue d’alterner films de potaches comme C’est la fin ou Délire Express et films que les critiques, en mal de qualificatifs, auront tôt fait d’estampiller arty ou intello comme As I Lay dying (chronique à suivre dans Cinemapolis.info)… Et si James Franco, finalement, ne faisait que ce qu’il aime faire… C’est la fin est manifestement un film d’amis: ça ne vole pas très haut mais il y a une joie communicative, à condition pour le spectateur de se départir de ses à-priori et du politiquement correct qui a malheureusement tendance à envahir nos vies… Ressusciter le tube de Whitney Houston pour la battle finale, il fallait oser, la bande à Seth Rogen l’a fait et ça, c’est déjà énorme !

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