Sidewalk Stories

Sidewalk Stories est une transposition du  Kid de Chaplin dans le New York de la fin des années 80. Le film est muet et en N&B ; le système référentiel s’arrête là : pas d’intertitres, pas de mise en scène façon années 20, pas de vignetage pour faire « d’époque ».

L’histoire est à peu près la même : un artiste de rue, sdf, témoin d’un meurtre, recueille malgré lui un enfant. Il va l’élever en dépit de sa précarité, le faire participer à ses activités, jusqu’à à ce qu’il retrouve sa mère. Il s’agit ici d’une fille alors que c’était chez Chaplin un petit garçon, ce qui permettait de créer un mimétisme amusant, de faire du petit le complice miniature des entourloupes du grand.

Mais ce que Charles Lane retient surtout du film de Chaplin c’est l’humanité d’un homme qui n’a rien et qui essaie cependant de donner. Donner ce qu’il peut. S’il s’inspire de quelques sketches de Chaplin, on croise par exemple un de ces policiers qui arpentent les rues la matraque nerveuse, la tête qui va d’un côté à l’autre en quête de quelques filous, il ne cherche pas particulièrement la comédie. Charles Lane a surtout voulu faire un film sur les sans-abris.

De fait, le contexte de récupération de l’enfant diffère nettement lui aussi : l’idée de la mère qui abandonne son fils dans une voiture appartenant à des gens riches, était, c’est le moins qu’on puisse dire, difficilement transposable. Celle du meurtre, d’un homme poignardé pour rien, d’un enfant laissé seul dans une ruelle déserte, triste couffin côtoyant les poubelles empilées, est plus crédible et surtout plus réaliste.

Tout le film tient en fait à un jeu entre la légèreté induite par le procédé, par l’exercice de style, et le réalisme en arrière plan. Le voile se lève à la fin du film, comme dans chaque spectacle, mais ça n’est pas les comédiens qui retirent leur masque, ce sont les bruits de la ville qui réinvestissent l’image, peu à peu, moteurs, klaxons, brouhaha de la foule, stress, et, forcément, l’éternelle sollicitation de la misère, la même partout. «  A quarter ? a nickel ? a dime ?  » Charles Lane qui joue le rôle principal, autre point commun qu’il partage avec Chaplin, s’est fixé pour but, avec ce film, que les gens derrière cette triste harangue, dont la répétitivité finit par rendre indifférent, aient un corps, un visage, une âme.

A noter enfin, une musique écrite par Marc Marder, qui se marie à l’action, sonorise certains gestes, qui va du rock au jazz, en passant par le ragtime, des reprises d’airs pour enfants et même du tango.

Titre : Sidewalk Stories

Réalisation : Charles Lane

Interprétation : Charles Lane, Nicole Alysia, Sandye Wilson

Date de ressortie : 09/10/2013

Année de sortie originale : 1989

Distribution : Carlotta Films

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