Elle s’en va

Bettie, une femme d’une soixantaine d’années, s’ennuie dans son petit village de Bretagne… Gérante d’un restaurant en péril financier, bonne cuisinière mais mauvaise mère, elle cherche du réconfort auprès d’un amant inexistant qui l’abandonne pour une jeune femme de vingt-cinq ans. Elle avait bien tenté de refaire sa vie jadis mais d’échecs en échecs, celle qui aurait pu devenir Miss France 1969, a décidé de retourner vivre chez maman. Malheureusement, la vieille dame est cynique et cherche constamment à se mêler de la vie de sa fille. Alors un jour, Bettie, suffoquant, décide de s’en aller. Vers quoi ? Vers qui ? Une aventure commence pour elle avec au bout du chemin la promesse d’un bonheur simple depuis trop longtemps espéré.

Bettie prend sa voiture et roule, roule, roule encore et toujours jusqu’à ce qu’elle manque de nicotine. La cigarette est un élément central du film, un fil directeur qui amène cette femme vers des gens au profil atypique. Un vieil homme attachant dont les mains tremblantes ont du mal à rouler une cigarette, des copines d’un jour rencontrées dans un bar dansant en plein milieu de la nuit, un amoureux un peu fleur bleue cherchant derrière les rides la sublime créature qu’elle a été jadis. Plus on avance avec elle sur ces routes de campagne, plus cette femme d’une soixantaine d’années se laisse bercer par cette liberté nouvellement conquise. Elle revit, elle sourit, et commence à regarder sa Bretagne natale différemment.

La réalité reprend vite le dessus quand sa fille – interprétée par la chanteuse Camille – lui rappelle ses devoirs de mère et surtout de grand-mère. Elle a besoin d’elle pour amener son fils chez son grand-père (paternel). Bettie accepte et reprend alors le volant en direction de Limoges. En arrivant, seul son petit-fils Charlie l’attend. Pas d’embrassades ni de gestes tendres, les deux sont l’un pour l’autre des inconnus, mais jusqu’au Vercors ils ont le temps de faire connaissance. La tension laisse alors place à l’affection : les deux personnages se testent, se détestent, se découvrent, se lient pour enfin s’aimer. À la fin, ils sont inséparables et ni sa mère ni son grand-père ne pourront séparer ce petit garçon de cette dame pas si vieille que ça finalement. Car malgré les déceptions, les mauvais choix et les traces marquées par le temps, en plus de retrouver une famille à l’autre bout de la Bretagne, Bettie tombe par hasard sur l’amour.

Plein de charme et d’optimisme, le film d’Emmanuelle Bercot sonne presque comme un éloge (non pas à la vieillesse) mais bien à Catherine Deneuve. Sous le regard attendri de la réalisatrice, celle qui hypnotisa bon nombre d’illustres réalisateurs est rayonnante. Les années n’ont pas terni la beauté de celle qui interprète une ex-miss Bretagne, elles ont creusé ses rides certes mais pour mieux faire ressortir sa force et son vécu. Le personnage de Bettie est d’autant plus troublant que Catherine Deneuve semble s’y raconter au travers. Ce qu’elle livre c’est son histoire, une vie de femme autant que ses désillusions d’adolescente. À la fin des Demoiselles de Rochefort, je me suis toujours demandée où s’en allait l’insouciante Delphine et son petit marin. Pour Emmanuelle Bercot il s’agirait donc de la Bretagne et tout comme Jacques Demy, dans un autre film, elle donne un autre destin à ce personnage qui juste en secouant sa flamboyante chevelure blonde illumina toute l’histoire du cinéma.

Date de sortie : 18 septembre 2013

Durée : 1h53

Réalisation : Emmanuelle Bercot

Casting : Catherine Deneuve, Camille, Gérard Garoust, Nemo Schiffman, …

Distributeur : Wild Bunch Distribution

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