Runaway Train

2 détenus d’une prison haute sécurité perdue au cœur de l’Alaska s’évadent. Pour franchir la distance qui les sépare de la civilisation, ils montent dans un train clandestinement. Peu après le départ, le mécanicien fait un arrêt cardiaque et chute hors du train. Celui-ci lancé à toute allure, file, impossible à stopper.

Il y a dans ce film de fausses apparences. Produit par la Cannon, société pourvoyeuse de série B à petits budgets, spécialisée dans les films de ninjas, les vigilantes, et à laquelle Chuck Norris doit la partie la plus conséquente de sa carrière, Runaway Train , avec son concept de train fou, de poursuite effrénée, semble taillé pour satisfaire au style du studio. Mais c’est sans compter un script de Kurosawa. Le cinéaste japonais, alors à Hollywood avait, en vain, tenté de tourner cette histoire, avant de retourner au Japon. Le script sera récupéré par Andrei Konchalovsky, cinéaste russe, relativement étranger au cinéma d’action à cette époque, qu’il proposera à la Cannon.

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Si donc il y a des ingrédients qui rattachent le film à du pur cinéma d’action, avec une série de péripéties auquel est confronté le train, traverser un pont en bois fragile, éviter de percuter d’autres trains, et de manière générale trouver un moyen de stopper sa course folle, les personnages, eux, sont aux antipodes des héros hollywoodiens. Il y a le vieux samouraï misanthrope joué par Jon Voight, et le jeune loup, par Eric Roberts. Le 1er surtout est intéressant ; enfermé en cellule d’isolement pendant 3 ans, il a développé une vie intérieure profonde et trouble qui le fait sage et fauve.

Alors que Roberts, après plusieurs tentatives courageuses de gagner la locomotive, échoue et se résigne, congestionné de froid, à revenir dans le wagon, Voight lui en barre l’accès, écumant de rage. Lorsqu’il parvient enfin à rentrer, Voight le roue de coups de pieds et d’insultes et l’oblige à sortir à nouveau réessayer. Le chauffeur ( une femme ) assoupi quand le mécano est décédé, coincé avec les 2 évadés, tente de s’interposer et se fait violemment refouler.

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Dans un schéma hollywoodien plus conventionnel, les 2 hommes que tout opposent, se seraient entraidés dans cette épreuve ; ici, à l’inverse, si le danger les force à s’épauler, ils restent presque constamment étranger l’un à l’autre. Peu à peu Roberts, condamné pour viol et qui n’a qu’une idée en tête, braquer une banque et flamber à Vegas, s’humanise ; en fait même, c’est quelque chose de sa trivialité, de sa médiocrité qui le rend humain ; quand son associé d’évasion, lui, se laisse gagner par on ne sait quelle force de l’instinct, de la bête, qui le rend impénétrable, farouche et inquiétant.

L’animalité, de fait, est une thématique centrale de ce film. C’est celle des hommes autant que de la machine qui les transporte à une vitesse folle, « sans conducteur, au milieu des ténèbres, en bête aveugle et sourde qu’on aurait lâchée parmi la mort »  écrivait Zola à propos de son propre runaway train dans La Bête Humaine . Là encore, il faut voir Jon Voight, dément, cracher sa victoire au directeur de la prison qui tente d’intercepter le train en hélicoptère, convaincu qu’il ne pourra pas les stopper alors même que le train se précipite vers une voie de garage – c’est-à-dire dans un mur.

Des personnages solides pour un film nerveux et bien plus fort qu’il n’y paraît.

Titre : Runaway Train – initialement sorti en France sous le titre A Bout de Course

Réalisation : Andrei Konchalovsky

Interprétation : Jon Voight, Eric Roberts, Rebecca de Mornay

Date de ressortie : 04/08/2013

Année de sortie originale : 1985

Distribution : Carlotta Films

Crédit Photos : Carlotta Films

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