Fedora

Fedora est l’avant-dernier film de Billy Wider. Impossible de ne pas penser à Sunset Boulevard  dans lequel on retrouve le même personnage de star déchue, obsédée par sa gloire passée.

Un petit producteur ( Barry Detweiler ) part à la recherche de Fedora, une comédienne prestigieuse des années 50 ; il veut lui donner le rôle principal d’une nouvelle adaptation d’ Ana Karénine .
L’ancienne star vit recluse sur une île, entourée de son médecin personnel et d’une comtesse mystérieuse.

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A tout dire, Barry Detweiler ( joué par William Holden ) est un minable : ancien assistant de Fedora du temps de sa gloire, il partage avec elle la même nostalgie rance pour l’âge d’or d’Hollywood, raison pour laquelle il veut adapter Ana Karénine , un classique, ( dissimulée derrière le titre pompeux Les Neiges d’Antan / The Snows of Yesterday ) et ne se soucie pas d’en confier le rôle principal à une comédienne sexagénaire comme si son aura pouvait faire oublier son âge.

Cependant, Billy Wilder dans ces évocations d’une époque qui fut la sienne semble vouloir se laisser entraîner dans la décadence qui prend ses personnages principaux. C’est là où le film se démarque le plus nettement avec Sunset Blvd qu’il avait tourné au faite de sa gloire, plein d’humour noir et de malice; la distance qu’il avait, il l’a perdue. Des Fedora, il en a connues, et le Nouvel Hollywood qu’elle fustige, celui des « barbus » – comprendre les nouveaux dirigeants des studios mais aussi les cinéastes à la mode des années 70 – « le cinéma vérité, l’esthétique de la laideur, la vérité nue » Wilder ne s’y retrouve pas plus qu’elle. Au moment où il tourne ce film, il est un peu Fedora, il est un peu Detweiler.

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De fait, il y a quelque chose de vieillot, de résolument non-moderne dans ce film, non pas vis-à-vis des 35 ans qui le séparent de la restauration qui vaut cette critique mais bien vis-à-vis de son époque. Ses personnages, son humour, sa mise en scène sont un peu hors de leur temps. C’est un film un peu amer. La folie de la Nora Desmond de Sunset était moins inquiétante que le narcissisme morbide de la Fedora de ce film. Wilder, au terme de sa carrière, se sentait-il plus proche de de la vieille aristocratie d’Hollywood, acceptant tout, tant la grandeur que la laideur, tant la splendeur que la démence ?

Dans une contribution pour un ouvrage collectif intitulé Vienne au Temps de François-Joseph , Jacques Goimard évoque la fascination propre aux émigrés viennois d’Hollywood – ceux qui connurent l’Autriche-Hongrie – pour la décadence. Wilder, qui joua si adroitement de malice, d’ironie à travers ses films, qui savait si bien être léger dans le drame, avait-il finalement cédé à cet atavisme viennois dont la marque s’était faite ressentir très tôt chez Stroheim, Sternberg ou Pabst ?

Titre : Fedora

Réalisation : Billy Wilder

Interprétation : William Holden, Marthe Keller

Date de ressortie : 21/08/2013

Année de sortie originale : 1978

Distribution : Carlotta Films

Crédit photos : Carlotta Films

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